Il se tient actuellement au Grand Palais une exposition consacrée à l’empereur Auguste à l’occasion du bimillénaire de sa mort. On ne pouvait pas faire moins concernant le fondateur de l’Empire romain, c’est-à-dire celui qui, à la faveur des guerres civiles, imposa son pouvoir personnel à Rome en mettant un terme définitif aux libertés républicaines. L’occasion était belle pour s’interroger sur la vraie personnalité de cet homme et tenter de faire le départ entre l’idéologie officielle du régime et la réalité des choses.

Ce n’est pas le choix qui a été fait par les commissaires de l’exposition, qui l’ont plutôt conçue comme une exaltation de l’œuvre d’Auguste, et une glorification de sa personne. Auguste le pacificateur, Auguste le bâtisseur, Auguste le protecteur des arts et des lettres, Auguste à pied, Auguste à cheval, Auguste en char, Auguste en marbre, Auguste en bronze, Auguste en camée, Auguste en monnaie.

On sort de là ébloui, ou étourdi, ou écrasé par tant de grandeur. Un peu comme devaient l’être les contemporains, il y a 2.000 ans, soumis qu’ils étaient en tout temps et en tout lieu, à l’intensif matraquage de la propagande impériale. Il n’y manque même pas, dans la dernière salle, une invitation, tirée de l’historien Suétone, à applaudir des deux mains à la comédie jouée par le génial acteur. Ça t’a plu ? Oui, beaucoup.

Un détail, cependant. On sait que l’un des principaux titres de gloire de l’empereur Auguste est d’avoir été l’ami et le protecteur du grand Virgile. Et, de fait, l’exposition est parsemée de citations de l’Énéide chantant la gloire de notre héros et demi-dieu, descendant en droite ligne (ne riez pas) de la déesse Vénus par l’intermédiaire du « pieux Énée ». Virgile réduit au rôle de thuriféraire de l’empereur : c’est à cela que servent les poètes, non ?

Il court pourtant sur la Toile depuis quelques années une étrange rumeur selon laquelle Auguste et Virgile n’auraient pas été si amis que cela, à telle enseigne même que le premier aurait fini par assassiner le second. Cette thèse vient d’être en quelque sorte officialisée par la Virgil Encyclopedia, un monument en trois volumes publié cette année à l’initiative de deux éminents universitaires de Harvard, Richard F. Thomas et Jan M. Ziolkowski. C’est vrai que le cher Auguste ne sort pas grandi d’une aussi abominable accusation. Alors, chut, et vive l’empereur !

22 avril 2014

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