The winner is. La dame a gagné, lundi, la palme du tweet le plus inepte de la soirée. Et lourd, et éculé. On dirait du Pierre Bergé, c’est dire si c’est moderne et primesautier : « Pourquoi à propos de laïcité ne répond-on qu’islam ? #Manif PourTous ? #SensCommun ? #Civitas ? Allô ? #LeGrandDebat. »

On est fatigué. Lassé. On n’a même plus envie de s’énerver, de ricaner en imaginant Jean-Vianney, se radicalisant sur le site Magnificat, partant faire le djihad à Lourdes, revenant lourdement armé d’un chapelet bleu layette, d’un bob « I love Jesus » et d’une Vierge en plastique pleine d’eau dont la couronne se dévisse.

Mais on garde du “Grand Débat” d’hier, qui a généré ce tweet, un goût amer.

Car, d’une certaine façon, Audrey Pulvar a raison : si la question est la laïcité, qui concerne toutes les religions, pourquoi se borner à n’évoquer que l’une d’entre elles ?

Parce que la question, précisément, n’est pas la laïcité. Le seul sujet est l’islam. Il n’en est point d’autre. Je le sais, vous le savez, ils le savent. On peut le regretter, le déplorer, s’en désoler pour les sympathiques musulmans que l’on connaît, mais on ne peut pas le nier.

Tout le reste n’est que fioritures diplomatiques et précautions oratoires.

Se forcer à convoquer les autres religions – surtout le catholicisme, bien sûr, qui est bonne pâte et se laisse obligeamment culpabiliser -, laisser entendre que l’Église, avant 1905, a rechigné à accepter la laïcité, et qu’allons, il ne faut pas se biler, le poulain sauvage islam finira bien par rentrer dans le rang une fois qu’on l’aura débourré, comme le désormais docile cheval de trait catholicité que l’on tient licou serré… est un mensonge historique et politique. Affirmer que, puisque l’on a passé la camisole de force à Castor, on finira bien, bon gré mal gré, par l’enfiler sur Pollux – toutes ces croyances étant peu ou prou sœurs jumelles -, est une facilité qui permet de glisser sur le sujet sans s’attirer trop d’inimitiés.

C’est surtout une hypothèse de travail erronée qui ne pourra nécessairement déboucher que sur une solution inopérante.

François Fillon, hier, hélas, a cédé à cette facilité : « L’Église a mis plusieurs siècles à se conformer aux lois de la République. » Marine Le Pen, elle, a résisté, refusant de se laisser entraîner, à propos du Concordat, sur le terrain renvoyant dos à dos islam et chrétienté. Dommage qu’elle ait dégainé à tout va ce mot de laïcité, qui n’a que pour hypocrite fonction de noyer la réalité.

On pourrait inverser le tweet d’Audrey Pulvar : « Pourquoi à propos d’islam ne répond-on que laïcité ? » Parce que personne n’a le courage de circonscrire le vrai sujet.

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