A Lille, en clôture d’un pauvre meeting de campagne européenne du PS, la facétieuse fait diffuser, en guise de Marseillaise, la chanson « Le chiffon rouge » de Michel Fugain. Quelle farceuse ! Excepté deux ou trois glandus, bien entendu, personne ne connait les paroles de ce chant de lutte version Big Bazar. Et surtout pas Manuel Valls. Air gêné, raide comme un manche à balai, le cravaté fait ce qu’il peut pour avoir l’air le moins bêta possible. Exercice de style… Du one man show sans texte, de la chanson sans paroles… Pour faire diversion, Manuel tente la discute avec le gars d’à côté, fait coucou à un spectateur imaginaire. Quelques-uns tout aussi embarrassés lèvent le bras à la manière des passagers sur le pont du Titanic au départ de Southampton… Au revoir ! A bientôt… à l’approche de l’iceberg électoral, le cadre PS sait trouver la juste attitude.

Mais tout cela n’est rien au regard du choix de la chanson. Est-il texte plus inapproprié, plus antinomique, plus inadapté au conformisme béat des socialos alignés sur scène que celui du « Chiffon rouge » ? Refrain : Compagnon de colère, compagnon de combat, toi que l’on faisait taire… ça commence mal. Après l’interdiction de Dieudonné, l’envie irrépressible de contrôler et censurer Internet, la gêne de Manuel Valls s’explique. Allez chanter un truc pareil quand on s’emploie à faire le contraire ! Mais Michel Fugain continue contre vents et marées : …toi qui ne comptais pas. Tu vas pouvoir enfin le porter le chiffon rouge de la liberté… De chiffon rouge à bonnet il n’y a qu’un pas… L’ex-ministre de l’Intérieur est au bord du malaise… Quelques inconscients chantent… Des sourds et malentendants peut-être… Cambadélis un peu dur de la feuille… c’est possible… il faudra songer à le faire appareiller se dit Manuel Valls en lui-même…

Impitoyable, le lecteur MP3 continue d’égrener l’affreuse mélopée : Tu crevais de faim dans ta misère, Tu vendais tes bras pour un morceau de pain, Mais ne crains plus rien, le jour se lève, Il fera bon vivre demain… Manifestement, Marine Aubry s’est trompée de chanson. Après avoir plébiscité une Union Européenne qui appelle de ses vœux la libre circulation des travailleurs, des turcs à 4 € de l’heure en Allemagne… Quelle fin de réunion gâchée ! L’idée de lancer un mandat d’arrêt international contre Michel Fugain effleure l’esprit du premier ministre… ce type est un danger public. Sans doute contre l’Europe. Retrouver un à un chaque membre du Big Bazar, les placer sur écoute, les convoquer… telle est la prochaine mission du gouvernement…

Enfin la chanson se termine. Et ben c‘est pas trop tôt. Martine Aubry glisse à l’oreille du non chanteur : Ca c’est bien une chanson de gauche… « C’est cela oui… J’en parlerai à mon cheval » se dit tout bas le guindé de Matignon. Quelle traitresse ! Faire chanter l’esprit de gauche à un ministre de gauche… on aura tout vu !

17 mai 2014

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