« Qui veut la peau de François ? » Le « François » ainsi visé en couverture de L’Observateur, cette semaine, n’est pas celui qui loge à l’Élysée, mais celui qui siège au Vatican et qui, selon l’hebdomadaire de la gauche chic, serait en butte à l’hostilité de cardinaux frondeurs et d’évêques rebelles. On aurait pu s’y tromper. Le président de la République n’est pas non plus en peine d’opposants, et le dernier à s’être déclaré n’est pas le moins redoutable.

J’y vais, j’y vais pas ? Comme un baigneur frileux au bord de la mer, tâtant l’eau un orteil prudent, avançant d’un pas et reculant aussitôt devant la première vaguelette, a longtemps hésité à plonger.

Les sentiments que portait l’ancien ministre du Travail et, à ce titre, mère des « 35 heures » au concurrent qui, contre les prévisions, l’avait écrasée lors de la primaire, l’opinion qu’elle avait de sa personne, le jugement qu’elle portait sur sa politique étaient connus de tous, et se lisaient sur son visage et dans son attitude, même si elle prenait soin de sauver les apparences. Silencieuse mais grognonne, boudeuse mais affichant un sens exemplaire de la discipline, visiblement sournoise mais officiellement loyale, le maire de Lille assurait encore l’autre semaine, en recevant le chef de l’État puis en l’accompagnant à la finale perdue de la Coupe Davis, qu’elle ne souhaitait que son succès et qu’il pouvait compter sur elle pour l’appuyer de tout son poids, qui est considérable.

Ces temps sont révolus. La tribune de Martine Aubry, publiée hier dans Le Monde, est une véritable déclaration de guerre au gouvernement de Manuel Valls et donc, par ricochet, à l’inflexion sociale-libérale choisie par François Hollande. Le projet de loi présenté par en Conseil des ministres a été le déclencheur de cette sortie spectaculaire et les dispositions qui prévoient l’extension (limitée) du travail dominical le détonateur de cette colère médiatisée.

Là où François Hollande voit « une loi de progrès et de liberté », Martine Aubry fustige une entreprise de « régression » et annonce qu’elle ne la combattra pas seulement dans les limites de sa municipalité mais sur le plan national. C’est dit, et au cas où l’on n’aurait pas compris, Jean-Marc Germain, député socialiste des Yvelines, bras droit d’Aubry et à la ville mari d’Anne Hidalgo (le monde est petit) elle aussi farouchement hostile à l’ouverture dominicale, a prévenu qui de droit que son chef de file ne perdrait pas une occasion de s’exprimer, « et nous aussi ». « Nous » ? Nous les frondeurs, nous les vrais socialistes…

Les occasions ? Elles ne vont certes pas manquer. Première occasion, le débat parlementaire sur la loi Macron en janvier. Deuxième occasion, le désastre des élections départementales en mars. Troisième occasion, le désastre des élections régionales en décembre. Mais l’occasion la plus propice, l’occasion rêvée devrait être le congrès du Parti socialiste, en juin, à égale distance des deux déculottées promises par la météo politique à la majorité. C’est là que Martine Aubry et ses amis pourraient présenter, pour reprendre la formulation du même Jean-Marc Germain, « un véritable programme politique pour les deux ans à venir et qui serve de boussole aux parlementaires ».

L’ambition n’est pas mince, on le voit. Dopée par les derniers sondages qui la mettent à peu près à égalité avec Valls et loin devant Hollande, Martine Aubry se pose en rivale et en remplaçante éventuelle de l’un comme de l’autre. La gauche socialiste en deuil du socialisme a-t-elle enfin trouvé son leader ? On ne doute pas que « François » tienne à sa peau. Mais il y en a qui ont déjà pris une option dessus.

12 décembre 2014

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