[AU TRIBUNAL] Une « revenante » de l’État islamique jugée à Paris pour avoir rejoint Daech
Après un mariage à 18 ans, le jour de son anniversaire, et le début d’une grossesse tant espérée trois mois plus tard, direction les rues colorées d’Istamboul pour un voyage de noces avec son nouvel époux… Voilà la belle histoire de sa nouvelle vie que Sarah Talib raconte à sa mère en avril 2013, avant de s’envoler pour la Turquie. Mais de billet retour, la jeune Française n’en a pas prévu, car de voyage de noces, il n’est évidemment pas question. Avec son mari Axel G. et leur enfant à naître, Sarah Talib prend en réalité la route de la Syrie pour rejoindre les rangs de l’État islamique. Elle y va accomplir le djihad.
Un procès, 10 ans après son départ en Syrie
« J’ai plein de choses à vous dire. Ça fait cinq ans et demi que j’attends ce jour-là pour m’expliquer et m’exprimer. » Ce 23 septembre, devant la cour d’assises de Paris où s’ouvre son procès pour association de malfaiteurs terroriste, on donnerait à Sarah Talib le Bon Dieu en confession. Ses longs cheveux noirs, attachés coquettement en demi-queue et retombant sur ses épaules, son tee-shirt noir moulant et sa jupe à motifs zébrés ne laisseraient pas croire un seul instant que cette jeune femme de 31 ans puisse être la même qui, quelques années plus tôt, posait en niqab dans un décor syrien, une kalachnikov entre les mains. Impossible, non plus, d’imaginer que cette même jeune femme, à qui la douceur de la voix donne un air angélique, ait passé six années de sa vie en zone occupée par l’État islamique, où son mari fut combattant de Daech, avant qu’elle ne soit faite prisonnière par les autorités turques en 2019 et rapatriée en France en 2021, avec sa fille de 7 ans.
Il faut dire qu’il est difficile de se figurer le quotidien de cette « revenante » qui ne parle que très peu de ce qui s’est passé « sur zone ». Depuis son incarcération à Fresnes, puis à Rouen et, enfin, au quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) de Roanne, Sarah Talib reste « évasive », « opaque » et évasive lorsque les experts l’interrogent sur les pratiques terroristes de son mari et des autres personnes fréquentées, ou encore sur son propre rôle. Elle s’occupait de ses enfants et de la cuisine, explique-t-elle tout au plus.
La fragilité d'une adolescente sur la voie du salafisme
Aujourd’hui, Sarah Talib semble estimer avoir mieux à faire que de se replonger dans l’enfer du djihadisme auquel elle a consacré six années de sa vie et sacrifié sa plus jeune fille, Imane, morte à 3 ans d'une balle dans la tête alors que la famille tentait de fuir l'armée. Elle est bien plus volubile pour évoquer son parcours avant le départ en Syrie, auquel elle attribue en grande partie sa radicalisation.
Née à Saint-Denis en 1995 de parents d’origine marocaine et peu pratiquants, elle est la deuxième d’une fratrie de trois enfants. Son grand frère Nabil prendra la place d’un père alcoolique et violent qui décède en tombant dans la Seine quand Sarah a 13 ans. Comme lui, il se montre autoritaire et abusif avec le reste de sa famille, avant de finir par couper les ponts, au plus grand soulagement de tous.
Si elle a déjà entamé sa conversion secrète à l’islam aux alentours de 12 ans, par le biais d’une camarade de classe « voilée depuis le primaire », Sarah continue sa vie d’adolescente coquette jusqu’à ce viol, qu’elle aurait subi à 15 ans et dont elle ne parlera pour la première fois qu’en détention. Selon elle, après quelques suggestions des experts psy, c’est là toute l’origine de sa radicalisation qui s’est opérée en l’espace de deux mois.
À la rentrée de seconde, elle se met en effet à porter le foulard, puis le voile, avant d’arborer le niqab et les gants qui couvrent jusqu’à ses mains. Ainsi, elle se sent protégée du regard des hommes et se dit d’ailleurs plus respectée par ces derniers. Tout cela, elle affirme le comprendre aujourd’hui avec le recul et l’accompagnement psychologique.
C’est aussi parce qu’elle a un trouble de la personnalité « abandonnique », que les psychiatres attribuent à son passé difficile, que Sarah cherche à tout prix à se marier au sortir de l’adolescence. C’est sur l’application de rencontre Inch’Allah qu’elle rencontre Axel G., qui l’épouse à la mosquée en son absence, le jour où Sarah fête ses 18 ans. Premier défaut de choix dans cette course au djihad, dans laquelle elle assure qu’elle ne se serait jamais lancée sans ce mari qui la force à visionner les vidéos de propagande et qui la frappe si elle méconnaît les principes salafistes ? Tantôt elle le sous-entend, tantôt elle l’affirme.
Un parcours djihadiste sous la contrainte ?
En revanche, son appartenance à la « hisbah », la police des mœurs de l’État islamique, elle la nie, tout comme le fait d’avoir assisté à des exécutions publiques qui avaient pourtant lieu en contrebas de l’appartement dans lequel elle vivra une année avec son époux. Pour le reste – les photos d’elle armée d’une kalachnikov, les textos envoyés en France, encourageant des proches à rejoindre les rangs de Daech et à commettre des attentats en France en désignant des cibles –, elle l’impute à son « ex-mari », aujourd'hui présumé mort, dont elle dit s’être libérée de l’« emprise ». De toute façon, jamais elle n’aurait pu imaginer, avant de partir, ce qui l’attendait « sur zone », affirme-t-elle. « Il faut le voir et le vivre pour comprendre », lance la prévenue, sûre d'elle.
Jamais, vraiment ? « Difficile à croire », estime cet ancien responsable de la DGSI qui témoigne à la barre ce jeudi, deuxième jour du procès. « En regardant les vidéos d’Omar Omsen (célèbre propagandiste affectionné par Sarah et Axel G.), on ne pouvait pas ignorer ce que l’on allait rejoindre en Syrie. » D’ailleurs, avec les exécutions publiques réalisées dans des villes comme Raqqa, il serait « difficile de passer à côté de la "hisbah" et des exactions commises par l’État islamique », ajoute l’expert.
Sarah Talib serait-elle dans la « dissimulation » ? Pour en avoir le cœur net, le ministère public aimerait qu’elle se livre davantage sur cette période brumeuse de sa vie pour laquelle, elle le concède, « il faut quand même qu’on [lui] tire les vers du nez », si on veut en apprendre plus. Mais la prétendue repentie djihadiste, qui doit être jugée jusqu’à ce vendredi, a ses raisons : « J’ai mis 15 ans à dire que j’ai été violée. Je pense que si au bout de quatre ans et demi j’arrive à dire des choses que mon ex-mari a faites, c’est déjà pas mal. »







































22 commentaires
C est de la faute des autres bien entendu !
J espère qu elle restera longtemps en prison pour ses actes et pour avoir laissé son enfant vivre dans le danger et perdre sa vie petite fille.
Inutile de vouloir nous attendrir en racontant sa vie…Dehors!!!
pour moi, c’est « dans l’autre sens » que ça doit être appliqué : interdiction de leur retour
qu’elle y reste, c’est l’utime condamnation et à perpète…..
et nous, on fera des économies…..
Il n’y a pas une once de vérité! Pour sauver sa peau elle va vendre son ame au diable(c’est déjà fait!) Des repenties comme ça, c’est retour en Syrie pour y travailler la terre avec ces pauvres gens et en partager leur vie… Plus d’elle en France, il faillait penser a ça avant de partir.