On se déchire, un peu partout dans le monde et jusque dans ces pages, sur les douloureuses questions de l’avortement, du maintien de la vie, du « droit à mourir » et de l’euthanasie.
Questions distinctes, pense-t-on. Erreur. Au Texas, comme dans onze autres Etats américains particulièrement “stricts”, on mélange tout cela dans un brouet où le fanatisme le plus acharné le dispute à la bêtise la plus crasse et à l’inhumanité.

Le Texas, donc, État du Sud qui détient le record d’exécutions dans sa prison de Huntsville, également celui des « isolements disciplinaires » (enfermé 24h/24 sans sortie ni promenade) et de quelques autres performances du même type.
Mais au Texas, paradis de la Bible Belt, In God We Trust. Peut-être pas autant qu’on croit aux revenus du pétrole, mais plus qu’ailleurs bien sûr.

Au Texas, donc, le 26 novembre 2013, Marlise Munoz, qui s’est levée pour s’occuper de son petit garçon d’un an, s’effondre dans sa cuisine, emportée par une embolie pulmonaire. Transportée au John Peter Smith (JPS) Hospital de Fort Worth, elle est déclarée en état de mort cérébrale. Et maintenue en vie contre le vœu de toute sa famille, et contre celui qu’elle avait clairement exprimé. L’argument de l’hôpital est sans appel : il s’agit de respecter « la réglementation stricte obligeant la poursuite du maintien en vie, quelle que soit l’avancée d’une grossesse ». Le porte-parole de l’établissement précise à l’AFP : « Notre hôpital se doit d’être une entreprise citoyenne tout en fournissant un soin de qualité à ses patients. Dans tous les cas, JPS appliquera la loi comme elle s’applique au Texas, qui dit qu’une femme enceinte ne peut pas se voir privée d’un traitement qui la maintient en vie. »

Bref, pas de raison de se prendre la tête : au pays des fondamentalistes chrétiens, une Texane enceinte n’est rien d’autre qu’un ventre.

L’affaire secoue le pays. On pétitionne, on écrit au ministre de la Justice de l’État. Non pas pour dénoncer une loi qu’on peut juger monstrueuse, non, mais parce que l’hôpital refuse de respecter le vœu de la famille. L’affaire se retrouve devant les tribunaux.

Les juges ont tranché : Marlise Munoz a été débranchée hier, lundi soir. Pourquoi ? Parce que « le fœtus qu’elle portait, aujourd’hui de 22 semaines, était “distinctement anormal”, ce que la famille craignait depuis l’accident ». « Même à ce stade précoce, les extrémités du bas du corps sont déformées à tel point qu’on ne peut déterminer le sexe », ont plaidé les avocats.

L’hôpital se sent donc autorisé à mettre tout ça à la poubelle. Pièces et morceaux. Le gamin difforme et la mère réduite depuis dix semaines à l’état d’incubateur biologique.

On ne sait pas si la science y a gagné quelque chose, mais l’humanité certainement pas. La religion encore moins.

28 janvier 2014

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