Quelle mouche a donc piqué Hervé Mariton pour qu’il se rallie ainsi à Alain Juppé ? On le voit encore dans l’Hémicycle, en 2013, s’opposer sans relâche aux articles de la loi Taubira. C’était l’une des vedettes des marches de protestation organisées par la Manif pour tous, se faisant applaudir par des foules enthousiastes. On croyait, à l’entendre, qu’il exprimait une conviction prioritaire, qui l’emporterait sur toute autre considération : à défaut de pouvoir se présenter à la primaire, il soutiendrait à coup sûr un candidat proche de ses idées. Surprise ! Il fait copain-copain avec Alain Juppé.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : à Lyon, lors d’un meeting du maire de Bordeaux, comme il soulignait son “principal point de désaccord” avec lui – la loi Taubira, dont il souhaite l’abrogation -, il s’est fait huer. Croyait-il que les partisans d’Alain Juppé sont de farouches opposants au mariage pour tous ? Hervé Mariton cherche à se justifier : il n’est d’accord à 100 % avec aucun des candidats à la primaire, il soutient Alain Juppé parce qu’il serait « le plus sincère ».

Que n’a-t-il tiré les leçons de sa stratégie lors des élections de Bordeaux ! Alain Juppé a pris sur sa liste un ancien militant de la Manif pour tous, histoire de se concilier un électorat catholique et conservateur – qui n’avait, notamment, pas apprécié ses propos sur en mars 2009 : “Ce pape commence à poser un vrai problème”, ajoutant qu’il vivait “dans une situation d’autisme total”. Mais, pour faire juste mesure, il a également choisi un militant LGBT bon teint, afin de récolter le vote des bobos de gauche, nombreux dans la capitale girondine. Devinez qui fut cocu ?

Fin tacticien, ce spécialiste du grand écart l’est peut-être. Mais sa sincérité, c’est une autre affaire !

Hervé Mariton semble avoir été piqué par deux mouches. La première est celle du ressentiment. Cet ancien partisan de Dominique de Villepin voue une haine farouche à Nicolas Sarkozy. Quant à François Fillon, il aurait “laissé déraper les finances publiques” et, crime suprême, s’alignerait sur s’agissant de la Syrie. Ne parlons pas de Frédéric Poisson, le plus proche de lui par ses convictions sur le mariage et la  : il ne serait pas assez libéral et sa candidature n’est que de témoignage… Prétendait-il, lui, si sa candidature avait été validée, aller au-delà du simple témoignage ?

La seconde mouche, c’est celle de l’ambition. Alain Juppé lui aurait promis moins que les autres, assure-t-il : il lui aurait demandé de porter, sur le plan européen, une initiative d’interdiction de la GPA. Mais c’est le favori des … Alors, tous les espoirs sont permis pour un homme qui n’aurait guère été connu s’il n’avait pris ses positions en faveur de la famille. Qui se souvient de son éphémère passage au gouvernement en 2007 ? Un mauvais esprit, se penchant sur sa carrière , soulignerait d’ailleurs qu’elle n’est pas rectiligne : fleuretant tantôt avec les centristes, tantôt avec l’UMP, et même avec le Front national, en 1998, au conseil régional de Rhône-Alpes. Finalement, il ne détonne pas en compagnie de Juppé.

Malheureusement pour lui, il est peu probable qu’il ait fait le bon choix. Il risque de se faire huer et rejeter à la fois par les soutiens d’Alain Juppé et par ceux qui lui faisaient confiance pour défendre la famille : ils ne comprendront pas qu’Hervé ait revêtu le costume de Judas.

30 septembre 2016

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