Au diable la mafia !

« Ce mal doit être combattu, chassé. Il faut lui dire non. » Vous espériez une déclaration de Valls sur les grèves SNCF ? Raté. De Hollande sur le chômage ? Encore raté. Cette position tranchée est celle adoptée par le pape François le 21 juin dernier à l’encontre de la mafia.

Lors d’une messe à Sibari clôturant sa visite en terre calabraise, il a tenu un discours ferme contre la plus puissante mafia d’Europe. « La ΄Ndrangheta est adoration du mal et mépris du bien commun », a-t-il dénoncé, avant d’ajouter : « Ceux qui dans leur vie ont choisi cette voie du mal, comme les mafieux, ne sont pas en communion avec Dieu, ils sont excommuniés. » Des propos salués par un tonnerre d’applaudissement des 100.000 fidèles présents.

La ΄Ndrangheta est la mafia de Calabre, une des régions les plus pauvres d’Italie. Elle possède l’un des plus forts taux de chômage du pays : en 2013, celui des jeunes de moins de 25 ans atteignait le taux record de 56.1 %. De quoi alimenter la main-d’œuvre pour les activités illégales de la région. Cette mafia gangrène le pays et est un des plus gros trafiquants de cocaïne au monde. Elle n’hésite pas à s’en prendre à ses opposants. Depuis de nombreuses années, l’Église est ainsi la proie de nombreuses intimidations : coups de feu, menaces de mort.

Le pape François n’est pas le premier pape à avoir lancé un appel à lutter contre les mafias : Jean-Paul II avait condamné la mafia sicilienne (la Cosa Nostra) en 1993, ce qui avait entraîné des attentats contre deux églises romaines dans les deux mois qui suivirent. Et en 2011, Benoît XVI avait déjà dénoncé la mafia calabraise lors de sa visite pastorale dans la région. Néanmoins, c’est la première fois qu’un pape utilise le terme « d’excommunication » concernant celle-ci. Cette excommunication n’a pas été prononcée dans une procédure canonique et a donc une portée symbolique. Un emploi qui n’est donc pas si surprenant, quand on sait qu’une partie des mafieux est, d’une étrange manière, très croyante.

Cette prise de position courageuse change des habituels discours creux des hommes politiques. Une fois de plus, à l’instar de ses déclarations sur la finance ou l’usage de drogues, son discours a été entendu et de nombreux journaux s’en sont faits l’écho. Il est frappant de voir l’importance donnée aux propos du chef de l’Église catholique, alors que dans le même temps, cette Église est jugée obscurantiste, rétrograde et est volontiers tournée en ridicule. Comme toujours, quand l’Église prend une position ferme sur des problèmes d’injustice sociale ou politique, de guerre ou de pauvreté, les oreilles se font attentives, alors même qu’elles se font railleuses ou critiques dès lors qu’elle se fait entendre sur des sujets qui dérogent à la pensée unique.

Faudra-t-il craindre des attentats pour cette dénonciation? Peut-être seront-ils noyés dans la vague des actes de christianophobie qui sont le pain quotidien de l’Église un peu partout dans le monde.

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