Culture - Editoriaux - Religion - Société - Supplément - Table - Tribune - 18 novembre 2015

Attentats : éloge de la douleur ritualisée

Peut-on répliquer à une guerre de civilisation avec des symboles ? Agglutinés autour d’une place de la République devenue un bûcher funéraire auréolé de bougies, tabernacle de la douleur collective ritualisée, les anonymes deviennent à la fois spectateurs et acteurs d’une mise en scène du deuil national. Mieux qu’un talk-show du samedi soir, une gigantesque communion de mansuétude narcissique, où chacun vient exhiber sa compassion appuyée au malheur des autres qu’il occulte si bien en temps normal. Que ne pleure-t-on pas les centaines de victimes qui succombent chaque année à une agression ? Il est vrai que nous sommes, pour l’instant, moins habitués aux attentats. Au bout du quantième renoncera-t-on à la procession funèbre des lampions consolateurs ?

Ce ciment humain de façade aux tonalités peace and love, ce refoulement de la colère, est une ode à l’inaction. Elle témoigne de l’incapacité d’ouvrir les yeux, du refus de prendre acte des fractures culturelles qui ont fait de l’identité française un champ de ruines. Une Eiffel tricolore ne suffira pas à la rasséréner. Ce cortège de naïveté qui semble dire d’une voix tremblante aux terroristes « Vous n’arriverez pas à nous faire peur ni à nous diviser » ne peut que conforter leur mépris pour une population occidentale qui répond aux attaques par un panurgisme contemplatif de la souffrance. On ne pense plus, on ne réagit plus, on ressent ; on se mure dans un hiératisme de l’émotion. Peut-être même éprouve-t-on une certaine jouissance à faire de la figuration dans le grand mélodrame panoramique.

Il ne s’agit pas de faire la leçon aux foules éplorées, mais de s’inquiéter d’une société de l’artifice, qui se raccroche à des effusions nombrilistes, à des simulacres de fraternité et qui, disciplinée jusque dans l’agonie, ne s’aventure pas à soupeser la responsabilité de ses dirigeants ni à reconnaître la caducité d’un modèle social pervers qui lui a été imposé ces dernières décennies : celui d’une France prétendument laïque qui régurgite sa religion historique et se laisse gaver jusqu’à la crise de foi par une islamisation inexpugnable érigeant des zones de non-droit, revendiquant des privilèges communautaristes, se livrant à une vaste entreprise de désassimilation propre à dissoudre l’âme française – et européenne. Une société sous perfusion qui ne s’indigne que sur hypnose médiatique mais a perdu la faculté de résister à une hybridation culturelle qu’on veut lui présenter comme inéluctable. Le rejet du multiculturalisme n’est pas la haine de l’autre, il est l’amour de soi et de son pays.

François Hollande, après avoir décrété l’état d’urgence, a annoncé vouloir une grande coalition contre l’État islamique, un contrôle accru aux frontières, une réforme constitutionnelle, l’élargissement des conditions de déchéance de la nationalité, ou encore 5.000 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie, le tout sans évoquer le problème de « l’islamisme ». Courageux mais pas téméraire. Que compte faire notre Président contre une certaine jeunesse de banlieue qui crache sur la France ? Contre le fanatisme religieux qui vérole des secteurs entiers de notre environnement, telle la RATP, où un nombre croissant d’employés musulmans, dont certains fichés S, refusent de serrer la main des femmes ou font leur prière sur place ? Quant à la « probable » fermeture des mosquées radicales, on attend de voir.

Pendant des mois, ce gouvernement nous a momifiés dans une camisole à la mode Charlie et aux postures masochistes. « Pas d’amalgame, rien à voir avec l’islam », nous a-t-on sermonné, entre deux annonces de lois antiracistes. Une fumisterie dénoncée par le collectif de hauts fonctionnaires Plessis dans une cinglante tribune sur Figaro Vox, qui suggère quelques mesures fort opportunes : maîtriser les flux migratoires, renforcer le christianisme, se libérer de l’esclavage du consumérisme. Ce serait un minimum. Mais ce n’est sûrement pas François Hollande qui aura cette audace, et il faudra plus que de petites bougies pour baliser la voie du bon sens.

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