Une conséquence secondaire des attentats de janvier 2015 avait été l’inversion de la courbe d’impopularité de François Hollande. Comme un troupeau apeuré autour de son berger, le peuple français, dans un réflexe légitimiste classique, s’était rassemblé, faute de mieux, derrière son président de la , et celui-ci, de fait, avait eu l’attitude et prononcé les mots que l’on était en droit d’attendre de lui. Puis, le temps passant, l’impact et l’écho des drames du 7 et du 9 janvier s’affaiblissant, la réalité avait repris le dessus et le chef de l’État, gros François comme devant, avait regagné son trente-sixième dessous.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la boucherie du 13 novembre s’était de nouveau traduite par un bond spectaculaire de la cote de confiance de M. Hollande. Rodé à l’exercice, celui dont la Constitution et l’élection ont fait, ès qualité, le chef des armées, le premier responsable de l’ordre public et le garant de notre sécurité, a donc repris le rôle qui lui avait si bien réussi et, de discours martial en homélie œcuménique, de cérémonie funéraire en dévoilement de plaque, d’appel à l’unité nationale en proclamation de l’état d’urgence, a de nouveau engrangé les bénéfices du chagrin, de la colère et de la . Du moins dans un premier temps.

Car les derniers publiés, concordants, mettent en évidence une dégringolade de sa cote de confiance plus rapide encore que la précédente. Avec quinze points perdus depuis le mois dernier, François Hollande devrait retrouver sans tarder le bas niveau antérieur aux attentats de .

C’est que le Président a surjoué son personnage et que, tel un acteur qui, à force d’en faire des tonnes pour la plus grande satisfaction de son public, franchit la ligne jaune qui distingue le comédien et le cabotin, il a trop visiblement et trop lourdement misé sur l’émotion, l’indignation, la communion. Derrière l’homme dont rien ne permet de mettre en doute la sincérité de départ a peu à peu transparu le politicien professionnel, le manipulateur rusé qui, de commémoration en commémoration, joue sans vergogne sur la corde sensible des Français et privilégie le sentiment sur la raison et l’immédiateté sur le long terme.

Dans les romans policiers comme dans la vie réelle, la réponse à la question classique « À qui profite le crime ? » désigne très souvent le coupable. Ce n’est évidemment pas le cas et M. Hollande n’est, consciemment ou volontairement, pour rien dans l’offensive djihadiste qui, du reste, ne se limite pas à notre seul pays. Il n’en est pas moins évident que la menace terroriste trop réelle qui pèse sur la France est venue offrir à un président impopulaire et à un gouvernement discrédité une possibilité de diversion et un champ de manœuvres inespérés.

La proclamation à grand fracas et mieux encore la constitutionnalisation – mazette ! – de l’état d’urgence, comme les polémiques qui font rage autour d’une mesure de déchéance nationale dont chacun reconnaît la totale inefficacité, comme la présence spectaculaire dans nos villes de patrouilles militaires et de rondes policières qui visent à rassurer l’opinion tout en offrant des cibles choisies aux kamikazes, sont autant de leurres qui dispensent le chef de l’État et le chef du gouvernement d’un plan de lutte à la mesure de la situation, qui ferment la porte à un débat parfaitement justifié autour de la primaire de la et, surtout, qui détournent l’attention de l’échec global de la lutte prioritaire engagée et perdue contre la économique, sociale et morale que nous subissons depuis plus de vingt ans.

La ficelle est grosse. En serons-nous les dupes ? Si survenait une nouvelle vague d’attentats, elle ne serait plus portée au crédit de François Hollande, elle alourdirait son passif.

14 janvier 2016

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