L’ennemi qui vient de frapper la France semble bien identifié par la majorité des analystes : ce sont les salafistes djihadistes qui disposent, au Moyen-Orient, avec Daech, d’une base préservée de la destruction par l’inertie et les rivalités entre puissances régionales et internationales.

Sur les motifs qui ont conduit à choisir la France pour cible, en revanche, les choses sont moins claires. Beaucoup d’experts, s’appuyant sur les textes de Daech, attribuent ce choix au fait que la France est le drapeau des croisés, et un territoire de débauche en pointe du combat contre leur cause.

Pour alimenter la réflexion, tentons également de nous mettre à la place des prédateurs, mais supposons cette fois que les revendications aient servi à mieux dissimuler les motifs. Si je raisonne en bon prédateur, je choisis ma cible en fonction de trois critères, toujours les mêmes depuis que le monde est monde : l’intérêt, la difficulté et le risque que présente la cible.

Le facteur risque est éliminé, s’agissant d’une opération-suicide : pas besoin de prendre en compte la capacité de riposte immédiate à l’attaque puisque les attaquants ont prévu de se faire sauter.

Pour ce qui est de la difficulté, la France fait la meilleure des cibles : la justice a “incapacité” la police, la tolérance aux trafics donne toutes les marges de manœuvre possibles et, surtout, le terrain d’opération fait partie du territoire des prédateurs. Il est, en effet, partiellement faux de dire que les attaquants ont frappé sur notre sol : comme en janvier contre Charlie, ils ont surtout frappé sur leur territoire parisien qui va jusqu’à place de la République. Au nord de cette place, ils évoluent comme des poissons dans l’eau, avec toute capacité d’installer une logistique clandestine, qui se confondra avec tous les trafics de la zone. Sans souci des forces de l’ordre qui ont abandonné le terrain depuis longtemps, faute du soutien de la justice.

Troisième critère, l’intérêt : il aurait été plus intéressant de frapper les États-Unis, mais la tolérance zéro, la vigilance citoyenne et la police armée, ajoutées à l’éloignement, y compliquent beaucoup les choses. La France reste intéressante en raison du volume, au moins sonore, qu’elle occupe encore à l’international.

Autre raison : les images que les médias français sélectionnent après les attentats ont probablement un effet extraordinaire sur le moral des combattants et des recrues potentielles : toutes ces personnes en pleurs qui se croient obligées de dire qu’elles sont terrorisées, quoi de plus excitant pour un « jeune » animé par la haine ?

Mais ceux qui s’arrêtent à ces images se trompent. Les Allemands de la Première Guerre mondiale disaient des Français qu’ils étaient des lions commandés par des ânes ; aujourd’hui, nos ânes nous ont mis en situation de perdre bien des batailles, et les lions semblent avoir été remplacés par des lionnes, mais nous n’avons pas encore perdu la guerre, loin s’en faut.

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