Editoriaux - Justice - Santé - 3 décembre 2013

Astérix chez les juges…

L’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue… et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes…

Veut-on une illustration de la célèbre tirade de François Mitterrand au congrès d’Épinay en 1971 ? Les démêlés d’ et de sa fille en sont un témoignage.

Il y a six ans, le célèbre coauteur des albums d’Astérix cédait aux éditions Hachette sa propre maison d’édition, Albert René, jusqu’alors dirigée par sa fille Sylvie et son gendre, M. Bernard de Choisy, dont il n’était pas satisfait. Depuis lors, c’est donc Hachette qui assure la gestion de la série, et verse naturellement à Uderzo les droits considérables qui en découlent. Après avoir protesté contre une décision qui, disait-elle, l’humiliait et la lésait, Sylvie Uderzo avait du reste emboîté le pas à son père et cédé à Hachette les parts qu’elle tenait de celui-ci contre la modique somme de treize millions d’euros.

Elle n’en avait pas moins porté plainte pour « abus de faiblesse » contre les supposés prédateurs (dont elle s’exceptait, faut-il le dire ?) qui, selon elle, constituaient l’entourage de son père et dépouillaient celui-ci – et ses héritiers – de l’argent qui leur revenait. Cette plainte, après avoir suivi son cours, devrait prochainement déboucher sur un non-lieu car les médecins qui ont examiné Uderzo, actuellement âgé de 86 ans, ont conclu à sa parfaite santé mentale. Mais c’est aujourd’hui le dessinateur qui se retourne contre son gendre et sa fille dont les actions en justice ne s’expliqueraient que par la cupidité et le désir de mettre la main sur son patrimoine, et qui les attaque pour « violences psychologiques ».

Quoi que l’on pense du fameux petit Gaulois, de ses aventures et des produits dérivés de toutes sortes qu’elles ont engendrés (personnellement, je n’en raffole pas), et sans me prononcer sur le fond d’un litige dont l’enjeu se chiffre en dizaines de millions d’euros, qui d’autre que René Goscinny, depuis longtemps disparu, en tant que scénariste, et qu’Albert Uderzo, toujours vivant, en tant qu’illustrateur, est à la source de ce fabuleux pactole dont l’origine remonte à un demi-siècle ? Qui a eu l’idée, qui l’a réalisée, qui l’a exploitée, à qui les dividendes doivent-ils en revenir ? De quel mérite, de quelle légitimité Sylvie Uderzo et son mari peuvent-ils se prévaloir et quels autres droits ont-ils que ceux qu’ils ne manqueront pas de faire valoir dès que l’intéressé (à supposer que ce mot s’applique plutôt à lui qu’à eux-mêmes) aura eu l’obligeance de les débarrasser de son importune présence ?

Aurait-il mieux valu, en 1959, que Goscinny et Uderzo, rebutés par tous les éditeurs, oublient leur petit village de Gaulois irréductibles et vivent le reste de leur vie dans une honnête médiocrité ? Les héritiers ne se déchirent que lorsqu’il y a un magot à se partager. L’argent, rien d’autre que l’argent, n’explique cette sordide guérilla entre un père et ses enfants, rien d’autre que l’argent n’a fait d’une famille longtemps unie un nœud de vipères, rien d’autre que l’argent n’explique qu’Albert Uderzo et sa femme aient été privés depuis six ans de la vue de leurs petits-enfants, et rien d’autre n’a amené l’aîné de ces petits-enfants, dont on imagine aisément dans quel esprit il a été élevé, à écrire à son grand-père : « Sois heureux avec notre argent ! »

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