Il y a eu le portrait « normalement » hagiographique d’ et de son environnement puisque, depuis plusieurs semaines, dans les médias, il semble que ce soit un sujet imposé. « Normalement », car pour être flatteur il ne s’abandonne pas aux hyperboles qu’on a pu lire et entendre ailleurs (M, le magazine du Monde).

Il y a eu le dialogue de très grande qualité, sans complaisance ni concession mais courtois, dans « Face à l’info », entre Éric Zemmour et Raphaël Enthoven (CNews).

, en commençant son propos, a reproché à son contradicteur d’avoir une démarche intellectuelle, politique et sociale à tonalité identitaire, qui usait du même registre, mais à rebours, que celui des indigénistes racialistes, l’un et les autres se confortant dans leur antagonisme. Éric Zemmour s’est élevé contre ces assertions en blâmant de ne pas savoir choisir son camp et de se donner l’illusion d’une position en surplomb.

Pour ma part, à l’égard d’Éric Zemmour, je n’ai jamais adopté une telle posture et si je l’ai approuvé ou critiqué, ce n’était pas au nom d’une prétendue impartialité mais à cause d’une divergence ou d’une adhésion sur le fond.

Pour ce qui concerne son attitude générale, j’ai toujours admiré le fait qu’il n’a jamais refusé aucun débat et relevé que son expression était aux antipodes de la haine dont on l’accuse alors que je peux témoigner, pour l’avoir subie, de la violence que prodiguent ses adversaires, notamment sur les réseaux sociaux.

Sa principale faiblesse – j’ai déjà échangé avec lui sur ce point – me semble être sa volonté permanente de globaliser, d’universaliser ses attaques communautaires ou autres, de préférer les dénonciations en gros que les finesses au détail. Il en a d’ailleurs conscience et souligne que son refus des nuances lui permet d’être infiniment mieux compris et écouté.

Je n’en suis pas certain mais, surtout, cette obsession de radicalité et de généralité, sans la moindre réserve le rapproche du combat d’Assa Traoré et de ses soutiens – tels qu’ils sont décrits dans le portrait -, en tout cas pour la manière de concevoir la lutte, la guerre par les mots et l’attaque à outrance.

Aussi éloigné que je sois de la conception racialiste, clivante, hostile à une certaine France d’Assa Traoré, je pourrais néanmoins ne pas juger illégitimes toutes les causes qu’elle défend si elle ne cherchait pas à leur donner un tour étouffant et totalitaire visant à noyer le particulier sous la chape d’un opprobre systématique et simpliste.

Ainsi, il n’y aurait que des violences policières. La simple reconnaissance de l’absurdité d’une telle charge, tout simplement parce que l’honnêteté devrait commander sa répudiation, est inconcevable pour les idéologues indigénistes qui ne peuvent accepter la moindre fissure dans leur bloc de détestation. Dans l’ensemble des enjeux militants qui les mobilisent, il est fascinant et pathétique à la fois de constater combien les abstractions qu’ils pourfendent ne prennent sens que si leur malfaisance est absolue. Jamais atténuée voire effacée par une quotidienneté qui démontre à chaque instant que le confort de la globalité est un leurre et la haine sans recours une imposture.

J’ose soutenir que même si leur inspiration est évidemment antagoniste, il y a dans cette manière de fuir la nuance, d’en avoir peur, de chasser l’exception, de préférer la conviction massive au scrupule délicat, quelque chose qui fait se ressembler Assa Traoré et Éric Zemmour : on ne fait jamais grâce à l’ennemi et jamais rien ne mérite de venir affecter le principe péremptoire qu’on a énoncé – et, en ce sens, on ne peut pas dire que Raphaël Enthoven ait eu totalement tort.

Lire que « nos causes sont traversées par les mêmes ressorts : discrimination, sexisme, racisme, oppression » me fait peur à cause de cette abstraction militante qui appose sur la réalité multiple et équivoque, politique, sociale et culturelle, une partialité vindicative et sans le moindre doute. Comme Éric Zemmour me perturbe quand il dénonce, sur un autre registre mais avec la même assurance récusant les contradictions de la vie, des maux français tels que l’, le délitement du vivre ensemble, l’islam sans compatibilité avec notre démocratie, la République invoquée sans cesse pour ne pas nommer la France et les Français.

La seule différence entre ces formulations totalitaires – mais elle n’est pas mince – étant que Zemmour accepte de les mettre à l’épreuve de tous les débats qu’on lui propose tandis que le camp opposé est tellement persuadé de son bon droit qu’il ne fonctionne que dans un entre-soi qui grossit grâce à la lumière artistique et médiatique.

Je ne consacrerais pas un billet à cette similitude paradoxale – quoique les militants, les engagés ont une complicité de base bien au-delà des idées, adversaires mais proches – si cette perversion n’était pas la cause de l’affrontement de plus en plus virulent qui pourrit la vie intellectuelle, politique et médiatique, de cette guerre civile gangrenant les consciences, les esprits, le respect de l’autre en profondeur.

Je ne suis pas naïf, mais il y a des causes, des dénonciations, des analyses qui gagneraient à être moins sûres d’elles.

Pour être davantage partagées.

Extrait de : Justice au Singulier

À lire aussi

Entre une France douloureuse et un pouvoir désinvolte…

Je ne parviens pas à m'habituer à cet état de choses... …