Editoriaux - Histoire - Société - Table - 4 avril 2017

Une artiste blanche peut-elle peindre le cadavre d’un homme noir ?

Une polémique particulière entache, cette année, la Biennale du Whitney Museum new-yorkais. L’œuvre « Open Casket » a déclenché un tollé le 17 mars dernier  : Dana Schutz s’inspire de la photographie d’Emmett Till, immortalisé dans son cercueil à la demande de sa mère, qui voulait dénoncer publiquement l’horreur perpétrée par des « white supermacists ». Le jeune homme noir avait été torturé à mort dans le Mississippi en août 1955.

Trente-six artistes afro-américains ont alors signé une lettre publiée par la porte-parole d’un mouvement de « black identity politics », Hannah Black, qui exige le retrait et la destruction du tableau. En effet, par son martyre, Emmett Till est devenu l’icône de cette communauté, le symbole de la haine blanche qui frappe les minorités.

Une double accusation s’abat sur Dana Schutz : elle utiliserait l’emblème pour son profit personnel. En outre, il serait intolérable qu’elle s’approprie une souffrance qu’elle ne pourrait jamais comprendre… parce qu’elle est blanche. Pour sa défense, l’artiste admet qu’elle n’a aucune idée de ce que subissent les Noirs américains, mais qu’elle sait “ce que c’est d’être une mère”.

Au-delà de cette représentation – perçue comme la profanation d’une icône – du cadavre d’un adolescent noir par une artiste blanche, le cœur du problème réside dans l’impossible dialogue entre deux communautés.

Lisa Larson-Walker affirme que la polémique concerne moins la « race » de Schutz que ses sujets de prédilection : l’auto-cannibalisme, la mort, le sang postnatal. Quelle serait la signification du nouveau tableau dans cette litanie morbide ? De son côté, Cherise Smith (faut-il préciser que la jeune femme est noire ?) écrit au contraire, sur dallasnews, que le style de Schutz transmet toute son émotion face au sujet, car l’expressionnisme tempère le cubisme. In fine, les perspectives divergent, parce qu’elles relèvent de la subjectivité pure.

La société américaine porte un indéniable héritage de division raciale. The « white guilt complex » constitue un autre aspect de cette réalité : considérés comme privilégiés, les Blancs doivent indéfiniment payer la dette contractée par leurs ancêtres.

La même situation se propage en France via certains mouvements ou lobbies, avec la bénédiction de l’Éducation nationale. La question reste analogue à celle des genres – notons que la ville de New York en reconnaît désormais 31 ! – ou celle de l’orientation sexuelle, que chacun se plaît à revendiquer comme un « droit ».

Les communautés ne se soudent plus autour d’une histoire nationale collective mais d’opinions, de goûts ou d’expériences personnelles aussi multiples que les individus. D’un égalitarisme qui gomme toutes distinctions, le système verse dans l’apologie des singularités. Qui, la première, établit toujours le quota de Noirs ou de Blancs lors d’une cérémonie, d’une remise de prix ou sur une photographie ? Cette même gauche, dont les valeurs se prétendent universelles. En voulant traquer le racisme, elle le met au-devant de la scène.

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