Objectif buzz réussi ! En affirmant que “dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont gaulois”, Sarkozy a réussi ces derniers jours à dominer l’espace médiatique. Sur Twitter, il y a beaucoup de moqueries : “Sarkozy”, ça ne fait pas vraiment “gaulois”. Pour Juppé, ce débat est juste “nul” ; selon lui, l’identité est dans l’avenir et non pas dans le passé (suivez mon regard…). À l’opposé, Clémentine Autain tente de racialiser le débat en affirmant que l’Européen de souche est en réalité un “Arabe noir”. Bref, on commence à s´y perdre et à oublier l’essentiel : existe-t-il un lien entre les Gaulois et les Français ?

Beaucoup affirment que l’adage « nos ancêtres les Gaulois » est une invention de la IIIe République. Pourtant, durant l’Ancien Régime, la noblesse affirmait descendre des Francs (peuple conquérant) et voyait les Gaulois (peuple soumis) comme ancêtres du tiers état.

Durant la Révolution, cette prétention ne fut pas oubliée… Par exemple, l’abbé Sieyès appela à “renvoyer dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants”. Rapidement, la “mode” était au “Gaulois”, aboutissant en 1805 à la création de l’Académie celtique, donnant ainsi naissance à l’ethnologie française. Cette passion était telle que même Napoléon n’arriva pas à remplacer les symboles gaulois (tel le coq) par ceux des Romains (tel l’aigle), qu’il pensait plus appropriés à “l’esprit français”.

Par la suite, Napoléon III ordonna des fouilles archéologiques sur les sites de Gergovie et d’Alésia. Vercingétorix fit son entrée dans les manuels scolaires et devint, pour la IIIe République, “le premier héros français”. Lors de l’occupation allemande, et bien que le maréchal Pétain ait rappelé le “sacrifice salvateur de Vercingétorix”, de nombreuses statues de ce dernier furent fondues car “l´esprit gaulois” fut symboliquement récupéré par la Résistance. En 1985, lors de l’inauguration du site archéologique de Bibracte, là où Vercingétorix tenta d’unir toutes les tribus gauloises, le Président Mitterrand dira qu´il s´agissait là du “premier acte de notre histoire”.

S’il y a une chose à retenir de ce bref aperçu historique, c’est que si de nombreux Français n’ont pas d’ancêtres gaulois, il n’en reste pas moins que les Gaulois appartiennent à la France et sa culture. À travers les siècles, une véritable passion pour les Gaulois s’est transmise, allant même jusqu’à reprendre certains de leurs symboles (réels ou fantasmés). Nos ancêtres sont gaulois non pas par filiation biologique mais parce que la France les a adoptés comme parents.

Lorsque nous rétrécissons l’Histoire à notre histoire personnelle, nous perdons le sens de la continuité, et alors nous brisons la chaîne qui nous rattache à la longue file de ceux qui, depuis la préhistoire, ont modelé notre pays et nous ont fait ce que nous sommes.

In fine, vouloir effacer les Gaulois de l’Histoire de France, c’est vouloir effacer la France de l’Histoire.

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