Sur la route entre Versailles et Rambouillet se trouve une localité du nom de La Verrière. On peut y voir un imposant bâtiment. Le curieux qui s’approcherait de l’entrée déchiffrerait sur une grosse plaque les lettres MGEN (Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale). C’est une clinique psychiatrique, sans doute la plus grande de France : mille patients y sont traités. Tous les enseignants la connaissent. Quand un de leurs collègues broie du noir, la phrase de rigueur est : « Attention à toi, tu vas finir à La Verrière. »

Ici on accueille les éclopés de l’école. Les victimes de la population scolaire. Les abîmés du monde enseignant. Les souffre-douleur. Les Petit Chose. Ils sont légion ceux qui n’en peuvent plus.

Ceux qui, à peine sortis de l’IUFM, ont été envoyés au casse-pipe dans une ZEP. Ceux qui pénètrent dans leurs classes la peur au ventre. Celles qui ont renoncé à porter une jupe (il y a un très beau film avec Isabelle Adjani sur cette tenue vestimentaire qui transforme les enseignantes en salopes bonnes à baiser…). Ceux qui rasent les murs de peur de rencontrer des parents ou un grand frère qui leur balancera des baffes.

Humiliés. Offensés. Frappés. Et (presque toujours) silencieux. Car leurs syndicats, et souvent leurs collègues, leur font comprendre qu’il vaut mieux se taire pour ne pas stigmatiser… Car les chefs d’établissement ne veulent pas d’histoires qui nuiraient à la réputation de leur collège ou de leur lycée. Alors ils se taisent. Et ce silence est une souffrance. Elle peut mener à la clinique de La Verrière.

J’entends bien que nombre de profs sont cons. Que certains d’entre eux prennent l’Éducation nationale pour une branche du NPA ou pour une succursale du Front de Gauche. Que, parmi eux, foisonnent les sectaires et les doctrinaires. Et alors ? Et tous les autres ? S’il vous plaît, cessez de taper sur les profs. Leurs élèves s’en chargent !

La Zazie de Queneau à qui l’on demandait pourquoi elle voulait être instit’ répondait : « Pour faire chier les gamins. » Aujourd’hui Zazie s’appelle Zineb, Zahia et, plus rarement, Zoé. Et quand on lui demande pourquoi elle veut aller à l’école, elle répond : « Pour faire chier les profs ! »

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