Chacun a eu vent de la pratique des aveux dans les régimes staliniens entre les années 30 et 50 du siècle passé. Les procès de Moscou et de Prague servent ici de référence. Nonobstant ses fautes, à la fois inexcusables et pardonnables, à l’instar de toutes les fautes chez les êtres humains, Lance Armstrong, à travers sa comparution devant le tribunal télévisuel, montre une évolution du système de l’aveu public.

L’affaire Armstrong met en scène une planétarisation de l’aveu. C’est en quasi mondovision que le show d’Oprah Winfrey a permis au coureur cycliste d’avouer. Ceci dit, ses aveux – qui ne sont encore que des demi-aveux – n’ont pas été arrachés par la violence, mais négociés. D’une part, ils étaient éventés depuis une semaine, d’autre part leur contenu s’avère sans aucune surprise, se contentant d’officialiser ce que tout un chacun savait déjà.

Tribunal n’est pas le mot. Confessionnal est plus adapté. De fait, les aveux du Boss de la pédale sont présentés dans un contexte plus moral que juridique. La est – chose, hélas, devenue fréquente - un confessionnal. Ou plutôt, une parodie de confession publique sur le mode moralo-religieux que le programme d’Oprah Winfrey a proposé aux voyeurs du monde entier.

Inversons la pensée du philosophe Jean Baudrillard. Pour lui, n’est réel que ce qui passe à la télévision. Les aveux du coureur incitent à penser le contraire. La rend le réel irréel en le parodiant. Elle le déréalise sur le mode mimétique. Parodie de la politique (dans les journaux télévisés et les émissions de débat), parodie de la chair matérielle du monde (dans les émissions documentaires, dans Plus Belle La Vie) et, ici, parodie de la confession. Le Muppet Show est la plus grande de toutes les émissions de jamais produites parce qu’elle révèle la vérité de ce média, son essence.

Peu importe, d’ailleurs, le contenu de ces aveux. Dicté par le système, dans les procès staliniens, le contenu était essentiel à la condamnation. C’est plutôt la forme prise par l’aveu qui est l’index d’un changement de civilisation. Pourquoi est-ce désormais à la qu’il faut aller confesser ses turpitudes ? Et non dans le huis-clos d’un commissariat, devant la discrétion du prêtre ou la sagesse savante du juge ? Réponse : parce que dans l’ordre symbolique contemporain, la télévision est au-dessus du policier, du prêtre et du juge. C’est elle qui, désormais, est source de légitimité et de délégitimation. Dans le même mouvement, cette opération est parodique – la télévision parodie ceux qu’elle a tués, le policier, le prêtre et le juge, tout en se substituant à eux.

Il est patent que Lance Armstrong et Oprah Winfrey se sont, pour des raisons réciproquement inverses, contentés de demi-aveux. La souhaite transformer cette cérémonie cathodique des aveux en feuilleton. Gageons que, d’ici quelques mois, Lance Armstrong sera convoqué derechef au confessionnal de Madame Winfrey. Le champion déchu aura alors été pris au piège des aveux à rebondissements, les aveux infinis...

19 janvier 2013

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