Un rapport secret a été rendu (en février) sur l’action du ministère de la Défense et de celui de l’Intérieur. Ce document de la SGDSN (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale) sera révélé à quelques hauts initiés qui en discuteront aux agapes. Pour le moment, « chut ! », sinon on vous coupe la langue et on vous enterre vivant jusqu’à la tête, à marée basse, face au levant. Comme les histoires de monstres ne nous font pas sur Boulevard , et si la rédaction ne cède pas aux menaces, nous aurons l’occasion d’en reparler.

Le ministère de la Défense, lui, moins perméable aux fables, a rendu public un rapport sur son action. Un document très , formaté par la bureaucratie de Défense, qui contient le meilleur comme le pire. Par exemple, il est prévu d’intensifier le rôle des “réserves citoyennes” : ces notables à qui l’on colle un pin’s pour faire la claque dans les cérémonies et dont on nous dit qu’ils constituent le “lien armée-nation”. Quelle est l’utilité d’une telle armée mexicaine d’officiers « à titre honoraire » qui gravitent dans le monde avec un grade de lieutenant-colonel, voire un uniforme, et qui font de la représentation au nom de la Défense ? Lutter contre la  ? Ce n’est plus la grande muette mais la petite bâillonnée : on confie à des ignares de la vie de soldat le soin de « rayonner » dans les raouts de sous préfecture. Les vrais guerriers ont sans doute la langue trop bien pendue, ils sentent le soufre et, surtout, ils fuient les mondanités. Bref, la réserve citoyenne, c’est gratuit, ça ne peut pas faire de mal et cela vient pallier le manque de vocations pour le Lion’s Club chez les militaires. On se comprend.

Pardon de le rappeler, mais pour gagner, une armée a besoin de soldats, de sergents et de capitaines expérimentés, plus que d’auditeurs de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale) ou d’officiers de salon. En haut lieu, on délire, on marche sur la tête. On imagine une armée requise par le pouvoir civil, aux ordres du ministère de l’Intérieur. Alors que c’est juste l’inverse : en temps de guerre, c’est l’armée qui réquisitionne le civil. On croit que n’importe qui peut faire un soldat en quelques jours : c’est juste un type avec une solde, un flingue et une tenue militaire, posté à un carrefour, qui obéit à un préfet. Comme si, pour avoir un infirmier, il suffisait d’une blouse blanche et que n’importe qui pouvait diriger un bloc opératoire.

Mais il y a plus préoccupant. Les forces armées amputent sur leur temps de formation pour satisfaire les exigences d’un contrat opérationnel sans cesse amendé au prix d’un budget toujours réduit (Le temps de repos, cela fait longtemps qu’il a été abandonné). On lit entre les lignes que la réserve opérationnelle peine à recruter. Alors pour augmenter les effectifs, on imagine rendre ce service de réserve obligatoire aux . Étrange idée : que défendrait cette armée de fonctionnaires ? Leurs avantages acquis ou le peuple français ? La France ou son administration ? Allez savoir pourquoi l’immense majorité des anciens militaires se reconvertissent dans le secteur privé. Peut-être que les armées et la fonction publique n’ont pas la même culture. Mais peut-être aussi que la question de savoir qui peut porter les armes préoccupe beaucoup en haut lieu. Ainsi, le sapeur Cazeneuve nous annonce qu’il faudrait désarmer les chasseurs. Oui, les chasseurs, des types qui passent leur week-end à manœuvrer des compagnies de sangliers dans la forêt, et qui tirent à balles réelles, vous rendez-vous compte du danger ?

En 1914, c’est en limogeant des officiers qui n’avaient jamais mis les pieds en corps de troupe et en laissant commander des chefs qui avaient parfois vingt ans de grade sans promotion que l’on a obtenu le succès de la Marne. Oui, vingt ans de grade sans avancement, à cause de « l’affaire des fiches » et de la fameuse loi de 1905. Après 1940, il a fallu quatre années pour reconstruire et aligner une armée. En 2016, on va mobiliser des bataillons de postiers et de contrôleurs SNCF, hop, en un claquement de doigts. Fortiche.

3 avril 2016

Les commentaires sont fermés sur cette publication.

À lire aussi

L’année des 12 singes

L’enfermement conjurera le mal et le fera fuir. Il faut des sacrifices. …