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Le 11 janvier 2013, le président de la République François Hollande annonce depuis l’Elysée, par un bref message télévisé, l’engagement de la France au Mali.

Depuis 2012, une odeur de guerre flottait sur ce malheureux pays secoué par les menées subversives de divers mouvements islamistes. L’armée, emportée par un mouvement séditieux conduit par le capitaine Sanago se déchire. La menace de coup d’Etat se précise chaque jour. Pour parfaire ce chaos et devant la déliquescence du pouvoir, les Touareg, au nord, espèrent voir se réaliser enfin leur rêve d’indépendance : l’azawad.

Jean Fleury, qui fut conseiller militaire de de 1987à 1989, puis chef d’état-major de l’armée de l’air française lors de la Guerre du Golfe en 1991, est particulièrement compétent pour raconter l’histoire de « La France en guerre au Mali ». Aujourd’hui à la , le militaire ne détèle pas. En avril 2012, il s’était penché sur l’opération menée par la France en Libye : Crise libyenne : la nouvelle donne géopolitique.

Au cours des opérations menées au Mali, l’aviation française joue un rôle déterminant dans le combat mené contre les forces d’AQMI. Les islamistes trouvent aide et assistance auprès des Touareg épris d’indépendance. Depuis la nuit des temps, les hommes bleus, renommés pour leurs redoutables “razzias”, célèbres par leur vaillance guerrière, vantés pour leur farouche esprit d’indépendance, se sont toujours heurtés aux populations noires majoritairement composées de Bambara. Deux conceptions du monde se heurtent, deux visions inconciliables opposent le guerrier nomade, hier trafiquant d‘esclaves aujourd’hui d’armes, de drogue et de cigarettes, au paysan sédentaire. Le contentieux est rude. L’antagonisme radical. La haine accompagne souvent le mépris. De fait, une hostilité générale oppose les deux groupes ethniques.

Jean Fleury donne ici une clé pour saisir la complexité de la situation. Elle est d’abord culturelle. Délaissés, oubliés par le pouvoir central noir, les Touareg, ces nomades du désert, ont refusé dans leur grande majorité toute implantation et de ce fait échappé à toute véritable scolarisation. L’instituteur noir prend sa revanche sur le trafiquant blond aux yeux clairs.

L’auteur, ne l’oublions pas, est un militaire. Il narre la progression des troupes françaises dans leur traque contre les combattants d’AQMI. Il aborde les divers problèmes posés par le rôle de l’aviation dans ce type d’opération et son examen sans concession s’avère consternant. De fait, la France n’a pas les moyens de ses engagements militaires.

Le budget de la Défense est rogné depuis des décennies. L’armée de l’air, en particulier, a raté le rendez-vous avec les drones et doit faire appel à ses alliés pour pallier bien des carences. Les avions de chasse restent ainsi souvent cloués au sol faute de ravitailleurs en vol qui devraient leur permettre d’assurer une permanence dans le ciel. Amer constat. Mais le pire n’est pas là. Nos alliés européens sont des ectoplasmes qui se dérobent alors qu’il faudrait être présent lorsque la menace pointe. L’Europe se défile. Elle se laisse emporter par la lâcheté et se complait dans le jeu pervers de la dérobade. De fait, la communauté européenne est une fiction, du moins en matière militaire.

Jean Fleury plaide, lui, pour l’élaboration d’une véritable force d’intervention militaire européenne. Il connaît l’antique sentence latine : si tu veux la paix, prépare la guerre. Il s’agit, pour l’Europe, de s’en donner les moyens.

4 janvier 2014

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