Editoriaux - Industrie - International - 13 mars 2017

Arkansas : exécutions en série pour cause de… péremption des produits létaux !

Dans les qualités et défauts qu’on prête aux populations, nous, Français, sommes réputés donneurs de leçons, râleurs et insatisfaits. Les Américains, eux, sont vantés autant pour leur talent à faire du business et s’enrichir que pour l’indifférence envers les méthodes adoptées afin d’y parvenir. Ils achètent ainsi à prix fort et parfois en monnaie de singe les brevets et talents de l’étranger, tout comme ils n’hésitent pas à sous-traiter hors frontières ce qui pourrait heurter les apparences de ces vertueux enfants de pasteurs…

Ainsi en va-t-il de la torture des terroristes réels ou supposés, par exemple, ou bien, dans le cas qui nous occupe ici, des produits pour dispenser « proprement » sinon « humainement » la mort aux condamnés entassés dans les couloirs du même nom. Mais voilà, on a beau être hypocrite et puritain (pardon pour le pléonasme), il y a parfois des ratés dans la machine…

On apprend donc que l’Arkansas va mettre le turbo, projetant d’exécuter huit condamnés en dix jours le mois prochain : deux le 17 avril, deux le 20, deux le 24 et deux le 27. Chose qui ne s’est jamais produite, a fortiori dans cet État qui n’a zigouillé personne depuis 2005. Alors ? Pourquoi tant de hâte, sachant que tous ces détenus attendent leurs derniers instants depuis plus de 20 ans ?

Le gouverneur de l’Arkansas, Asa Hutchinson, s’en est expliqué : « J’aurais préféré qu’elles [ces exécutions] soient étalées sur plusieurs mois et années, mais ce n’est pas possible vu la situation actuelle », disait-il récemment, ajoutant que les familles des victimes « qui supportent ça depuis tant d’années méritent une conclusion ».

Quel Tartuffe, ce Hutchinson !

La vérité est ailleurs, et la voilà : les produits de l’injection létale – notamment le midazolam, un sédatif aux propriétés présumées amnésiantes et anticonvulsantes – arrivent à date d’expiration. Surtout, M. Hutchinson va avoir bien du mal à les remplacer car les firmes européennes, au vu des récents scandales devant des exécutions ratées, se refusent à renouveler les stocks. On a, en effet, vu se multiplier depuis 2014 les cas de condamnés à mort ayant succombé dans d’atroces et longues souffrances que le cocktail létal était justement censé leur éviter. Un anesthésiste réputé, professeur à Harvard, avait bien attiré l’attention en disant que « le mélange ne suffirait pas à entraîner l’inconscience du condamné, qui avait toutes les chances d’agoniser en suffoquant », mais personne ne l’avait écouté.

Soit. Mais, me direz-vous, les États-Unis ne manquent pas de laboratoires pharmaceutiques. Pourquoi, alors, ne se chargent-ils pas de fabriquer eux-mêmes leurs saloperies ?

Eh bien, pour la raison évoquée ci-dessus : ils ne veulent pas se salir les mains ! Et puis, la FDA (Food and Drug Administration) est très sourcilleuse et n’est pas prête à autoriser sur le territoire des États-Unis la fabrication de nouvelles substances mortelles.

Après l’exécution ratée de Dennis McGuire, en 2014, L’Obs expliquait dans un article que certains États « essaient de se tourner vers les compounding pharmacies, ces établissements qui fabriquent des médicaments à la demande et ne sont pas soumis à la réglementation – donc à la surveillance – de la FDA. Mais ils n’ont pas très bonne réputation : en 2012, une enquête a permis de démontrer qu’une de ces officines du Massachusetts, par manque d’hygiène, avait provoqué une épidémie de méningite qui s’était répandue dans 20 États, provoquant la mort de 61 personnes et en infectant 700 autres. » C’est moche, hein !

Enfin – parce qu’il faut bien en rire -, Ouest-France rappelait hier ce que certains n’ont pas manqué de relever : « Le gouverneur Hutchinson avait, il y a quelques semaines, gracié par décret un porc nommé Roxy Hamilton, en hommage à ces mammifères utilisés par l’industrie pharmaceutique pour produire de l’insuline servant aux diabétiques. »

Quand on vous dit que c’est un pays formidable !

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