Editoriaux - International - Politique - 1 décembre 2015

Arabie saoudite : et si on arrêtait de leur lécher les babouches ?

Le monde, la France surtout, s’enthousiasme : pensez, l’Arabie saoudite « s’engage sur le chemin de la démocratie ». Une vraie révolution copernicienne ! Et nos politiques de se pencher, émerveillés, sur la monarchie pétrolière, poussant des Oh ! et des Ah ! comme la famille attendrie devant la première dent du nourrisson.

Sont-ils pas gentils, nos amis saoudiens ? Rendez-vous compte : ils viennent d’autoriser les femmes à faire campagne pour les municipales du 12 décembre prochain. Pas pour être maire, hein, faudrait quand même pas exagérer. Non, pour entrer dans les conseils municipaux, une création révolutionnaire elle aussi, qui remonte à 2005. Et qu’y feront-elles, ces créatures sataniques ? Elles s’occuperont des travaux d’entretien de la voirie et des parcs, ainsi que de la collecte des ordures. Elles peuvent dire merci, ces chiennes. Et puis, comme c’est la première fois qu’elles sont autorisées à se présenter pour un scrutin, manquerait plus qu’elles râlent ! Il faut dire qu’elles n’ont le droit de vote que depuis 2011, une grande avancée saluée, là aussi, par tout l’Occident transformé en carpette.

Le journal Le Monde ne cache pas non plus son admiration : « L’entrée des Saoudiennes sur la scène politique est un défi de taille dans un royaume qui applique une version rigoriste de l’islam. » Ben tiens. Enfin, faut pas exagérer non plus : candidates ou pas au ramassage des ordures, les Saoudiennes ont toujours interdiction de conduire (c’est le seul pays au monde), interdiction de sortir sans être bâchées de la tête aux pieds, et interdiction de travailler, de se marier et de voyager sans l’autorisation de leur époux ou d’un mâle de leur famille. Non mais, qui c’est qui pisse contre le mur ?

Autre petit problème : même élues, les dames ne seront pas autorisées à tenir des réunions publiques « face à des hommes ». Il leur faudra donc « des porte-parole masculins ». Une sorte d’interprète sexuel, en quelque sorte, pour traduire en langage intelligible, c’est-à-dire viril, la parole sortie de ce cloaque immonde qu’est une bouche de femme.

Enfin, relève Le Monde, les 900 candidates (sur 7.000) vont avoir du mal à attirer les votes car, « selon des chiffres officiels, seulement 130.600 femmes se sont inscrites sur les listes électorales, soit environ dix fois moins que d’hommes ».

Bref, résumons : après avoir eu toutes les peines du monde à s’inscrire sur les listes électorales puis à faire acte de candidature, des femmes qui ne peuvent se déplacer seules, ni montrer leur visage, ni adresser la parole à des hommes vont essayer de se faire élire à des postes où elles devront demeurer muettes. Mais n’allez pas dire que ça ne sert à rien, surtout ! Non, faites comme nos gouvernants : saluez cela comme le progrès du siècle. Extasiez-vous. Multipliez les courbettes et félicitez Salmane ben Abdelaziz Al Saoud pour sa générosité et sa hauteur de vue. On ne sait jamais, il pourrait peut-être vous acheter une paire de babouches à réaction…

À lire aussi

Golfe-Juan : les eaux usées de Sa Majesté saoudienne polluent la plage

Ça pue grave, même, au point qu’on a dû interdire durant trois jours la plage aux manants.…