« Les dégâts », écrivait l’autre jour, en toute innocence, en toute inconscience, au lendemain d’une manifestation de protestation contre les violences policières, une journaliste du Monde, « ne sont pas trop sévères, quelques voitures brûlées, plusieurs établissements publics touchés, une école et une bibliothèque incendiées… » La routine, en somme et, de fait, deux jours plus tard, de émules de leurs camarades du Pas-de-Calais tentaient sous le même prétexte de mettre le feu à trois lycées de Seine-Saint-Denis.

Autant de témoignages d’une fâcheuse confusion morale et mentale. On a beau chercher, il est difficile de voir le rapport entre la mort du malheureux Rémi Fraisse sur le chantier du barrage de Sivens et l’incendie d’une bibliothèque, d’une école ou d’un lycée ; on ne voit pas en quoi le déchaînement d’un vandalisme imbécile contre des bâtiments qui n’y sont pour rien et en particulier contre des établissements consacrés à l’éducation et à la culture peut constituer un au jeune militant écologiste ou le venger en quelque manière que ce soit. Ce que l’on voit très bien en revanche, c’est qu’un certain type de comportements que l’on eût autrefois qualifiés de délinquants ou criminels et punis comme tels est devenu un rite social tacitement admis par les responsables politiques de l’ordre public et que nos gouvernements, après avoir pris le pli de courber le dos et de reculer devant les violences des particuliers, qu’elles émanent d’ désespérés, d’ouvriers en grève, de voyous des cités, ou de jeunes excités, en sont maintenant non seulement à mettre sur le même pied les fauteurs de désordre et les défenseurs institutionnels de l’ordre, mais à trouver toutes les excuses à ceux-là et à abandonner ceux-ci en rase campagne.

Que s’est-il passé à Sivens ? Les gendarmes présents sur les lieux y étaient-ils venus de leur plein gré avec l’intention de casser et éventuellement de tuer ? Sont-ils vraiment des assassins avec préméditation dont les autorités locales et nationales seraient fondées à se désolidariser et qu’elles pourraient sans vergogne livrer à l’exécration des foules, aux condamnations des médias et au bras séculier de la justice ?

Ces hommes avaient été requis par le préfet, sur ordre du ministre de l’Intérieur, membre du gouvernement de la République, avec consigne d’interdire l’accès d’un chantier ouvert en conformité avec la loi. Ce n’est qu’après avoir pendant des heures subi les assauts de manifestants qui n’avaient rien de pacifique, après avoir essuyé pendant des heures injures, crachats, jets de pierre, de bouteilles d’acide, de cocktails Molotov et les avoir contenus des heures durant avec les moyens habituels, notamment des grenades lacrymogènes, que, menacés d’être débordés, ils ont tiré sur ordre des grenades offensives dont l’une, pour la première fois en quarante ans, a été mortelle. Et ce sont eux qui seraient condamnables, et ce sont eux ou leurs supérieurs qui devraient s’excuser, s’humilier, solliciter l’indulgence et le pardon des casseurs qui sont les vrais, les seuls responsables du drame ?

En ne reconnaissant pas que ces militaires n’ont fait qu’obéir aux consignes d’extrême fermeté qui leur avaient été données, en promettant piteusement qu’il reviendra à la de faire toute la lumière sur une affaire parfaitement claire, en n’affichant pas leur plein soutien à ces hommes en uniforme qui sont leur seul rempart contre le désordre des esprits et de la rue, les ministres responsables et d’abord celui de l’Intérieur ne commettraient pas seulement une lâcheté, mais une faute. Qu’ils n’oublient pas en effet que leur tranquillité et la nôtre, dans l’état lamentable où ils ont mis notre société, ne tiennent qu’à l’abnégation et à la discipline de ceux à qui est confiée la difficile, méritoire et indispensable besogne de maintenir un ordre public aujourd’hui menacé de toutes parts.

13 novembre 2014

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