L’intervention russe a sans doute sauvé le président el-Assad. Si M. Poutine n’avait pas lancé ses frappes, l’armée syrienne se serait probablement désagrégée et, en six mois, Damas serait tombée aux mains des islamistes présentés comme modérés (tout est vraiment relatif ! Ils sont modérés par rapport à l'État islamique mais restent furieusement islamistes !) et qui sont devenus les alliés des Américains par l’intermédiaire des Saoudiens.

Mais la situation reste chaotique. El-Assad, malgré la contre-offensive lancée par ses troupes, n’a aucune perspective de victoire. Il faudrait, pour qu’il l’emporte, un renfort de 100.000 hommes iraniens ou russes, renfort qu’il n’aura jamais. Téhéran a envoyé 20.000 combattants (libanais, gardiens de la révolution, chiites irakiens) et ne peut pas faire plus, même en raclant les fonds de tiroirs. Les Russes sont bien trop avisés pour envoyer des forces terrestres. Leur échec et celui des Américains en Afghanistan montrent à l’envi qu’il est facile de commencer une guerre en pays musulman et impossible de la gagner.

Le but de la coalition soutenue par M. Poutine est modeste. Il ne vise que la sécurisation de la façade méditerranéenne. Il faudra pour cela chasser les islamistes « modérés » des zones qu’ils contrôlent. Et cette bataille, féroce, est loin d’être gagnée malgré l’appui des avions russes ! L’intervention en fanfare de Moscou a soudé les diverses factions qui se faisaient, en l’absence de danger, une guerre larvée mais qui, désormais, présentent un front uni face à leur nouvel adversaire.

On ne comprend rien au conflit syrien si on ne prend pas en compte l’aspect guerre de religion : chiites contre sunnites. L’Histoire s’écrit devant nos yeux et de nouveaux États sont en train de naître.

Dans dix ans, il y aura sans doute un État alaouite et chrétien près de la Méditerranée, un autre entièrement sunnite s’étendant sur le désert syrien et sur le nord de l’Irak, complété par des zones kurdes. La seule incertitude est de savoir qui gouvernera l’entité sunnite (le califat, les autres islamistes ?) et la date à laquelle l’Occident fera la paix avec cette entité !

Au début du mandat français sur le Levant (1920-1943), Paris a beaucoup hésité entre créer un État unitaire ou organiser de petites entités basées sur une religion dominante. On a dans un premier temps choisi la seconde solution. En 1922, six républiques se partageaient la zone mandataire. Mais en 1924, Paris a unifié la Syrie. C’était sans doute une grave erreur dont on paye aujourd’hui les conséquences. La France a fait également le malheur du Liban en lui adjoignant trop de musulmans et en refusant de constituer un État chrétien homogène. Daech ne s’y est pas trompé. Sa propagande ne cesse de revenir à cette période et au partage colonial qui a suivi la Première Guerre mondiale. Son analyse est juste : les racines du mal qui mine le croissant fertile viennent de là ! Rien ne vaut l’homogénéité pour les religions comme pour les peuples !

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14 octobre 2015

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