Editoriaux - Histoire - Union Européenne - 30 novembre 2013

Après les bonnets rouges, des capotes rouges contre le racket d’État ?

Il fut un temps où il était risqué, plaisantait-on, de donner un coup de pied dans un arbre au bois de Boulogne : il vous le rendait ! C’était la “grande”, à défaut de “belle”, époque des travelos brésiliens.

Ce temps est révolu, mais bientôt, il sera de nouveau risqué de tenter un penalty contre un arbre, voire d’y soulager une envie pressante. Vous n’aurez plus affaire à un natif de Rio, mais à un pandore ! Il vous verbalisera pour violence ou bien atteinte à la pudeur ou encore propositions malhonnêtes faites à un officier de police judiciaire dans l’exercice de ses fonctions…

Ainsi ont voté une majorité des élus de la nation ayant adopté, ce vendredi 30 novembre, la pénalisation des clients de prostitué(e)s, mesure phare de la proposition de loi sur la prostitution.

Une loi qui essorera le fond du portefeuille plus sûrement encore que les radars autoroutiers : 1.500 euros de punition pour achat d’actes sexuels, 3.750 en cas de récidive dans « un souci de pédagogie et de dissuasion, graduelle et progressive », selon un amendement voté dans la foulée.

Vous aurez beau plaider que tel n’était pas votre intention et que vous êtes le plus chaste des bipèdes, soyons certain que « ça ne prendra pas », car « on ne la fera pas » aux représentants de la loi, payés pas nos impôts pour se montrer implacables moralisateurs.

Les victimes de cette nouvelle loi n’auront plus qu’à cracher au bassinet et rentrer tout penauds se coucher avec l’objet de leur présumé délit sous le bras… ou bien alors – alternative à l’amende ou sanction complémentaire – suivre un « stage de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels ». C’est eux qui verront !… comme dans un sketch de Chevallier et Laspalès.

À l’instar du « mariage pour tous », le gouvernement Hollande-Ayrault espère donc bénéficier de quelque répit avec cette loi hypocrite que tous les professionnels confrontés aux problèmes de la prostitution ne cessent de décrier. Des juges, telle Sophie Comes qui estime que cette loi va fragiliser encore plus les prostitué(e)s : « La prostitution se cachera de plus en plus et cette proposition de loi risque d’avoir un effet contre-productif… » Jusqu’aux policiers, comme l’a fait remarquer Patrice Ribeiro, du syndicat Synergie Officiers : « Il faudra prouver qu’il y a eu proposition, voire qu’il y a eu commerce charnel qui a été consommé. Tout cela n’est pas très sérieux. Les policiers ont bien d’autres choses à faire que de se cacher derrière les arbres pour arrêter des clients et des prostituées. »

Il est donc probable qu’une fois de plus, une énième loi votée en France ne soit pas appliquée car inapplicable… Quelques malchanceux se verront sans doute rackettés pour officialiser quelques minutes de promotion gouvernementale sur les chaînes d’info, puis tout le monde fermera les yeux sur la question, histoire de n’encombrer ni les postes de police, ni les salles d’audience.

Et s’il devait en être différemment, que se passerait-il ? À l’évidence, les professionnels du sexe, acculé(e)s au chômage en France, s’exileraient dans les pays voisins de l’Hexagone où la prositution est autorisée, même si réglementarisée, c’est-à-dire la quasi-totalité des pays membres de l’Union européenne.

Après la fuite des cerveaux et la délocatisation des entreprises, l’exil des métiers buccaux, en quelque sorte.

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