Après le Brexit : Union européenne et langue anglaise

Parmi les incidences du référendum par lequel le Royaume-Uni vient de décider de quitter l’Union européenne, il en est une sur laquelle les commentateurs se garderont bien d’attirer l’attention, car elle est révélatrice des ambiguïtés foncières de l’Union européenne : au fil des années, la langue anglaise s’est imposée au sein des institutions de l’Union européenne (et, plus largement, dans tout l’espace européen), non seulement comme la langue d’usage, mais également comme la langue de référence officielle inavouée. C’est une situation de fait et non de droit. Cet état de fait était déjà très contestable lorsque la Grande-Bretagne, gardant toujours un pied dedans et un pied dehors, était un membre hésitant et périphérique de l’Union ; après le Brexit, la situation est proprement burlesque : l’Union européenne devient la seule entité politique multinationale ayant adopté comme langue véhiculaire une langue qui n’est celle d’aucun des pays qui la composent !

C’est une absurdité dont il est urgent de prendre la mesure et à laquelle il convient de remédier sans attendre. La logique et la rationalité commandent que, sans le moindre délai, la langue anglaise soit proscrite de tout document officiel de l’Union européenne. Il ne s’agit nullement, là, d’un acte de rétorsion vis-à-vis de la Grande-Bretagne et de son peuple (qui a bien le droit de choisir son destin comme il l’entend !), mais de corriger une criante incongruité. Il va de soi que des exceptions peuvent être faites pour tout ce qui concerne les négociations entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne, mais il serait indécent que la langue anglaise continuât d’être utilisée comme première langue de référence entre représentants des pays membres. Tout élu européen se doit, par exemple, de refuser désormais qu’un texte officiel lui soit soumis et soit débattu dans cette langue. Le poids des (mauvaises) habitudes prises fait qu’il est, naturellement, inévitable que l’anglais, longtemps encore, serve de lingua franca dans les relations interpersonnelles au sein des institutions et dans l’espace européen.

On entend bien, d’autre part, les objections pratiques, économiques, bureaucratiques de tous ordres qui ne manqueront pas d’être opposées à la mise en œuvre d’une telle mesure. Mais aucun argument technique ou de simple commodité ne peut prévaloir contre une nécessité qui touche à l’identité même de l’Union européenne (si tant est que ceux qui s’en font les hérauts croient qu’elle en ait une).

On peut, certes, arguer que, si la langue anglaise s’est imposée au sein de l’Union, ce n’est pas en tant que langue d’un ex-pays membre (la Grande-Bretagne) mais en tant que langue de la mondialisation. Mais alors, est-ce une raison de proroger sa prédominance de fait, ou une raison supplémentaire de la proscrire, la Grande-Bretagne étant sortie ? Cela rend-il moins criante la contradiction entre le projet “européen” affirmé et la réalité de la pratique linguistique vécue ?

À lire aussi

Kosovo, le plus gros bobard de la fin du XXe siècle ?

Il aura, en effet, fallu vingt ans pour que cette imposture et ses soutiens soient exposés…