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Armées - Audio - Editoriaux - Entretiens - Religion - 7 juillet 2017

Après la “guerre” des années 70, les chrétiens se réapproprient leur héritage liturgique

Quel bilan peut-on faire du motu proprio – réhabilitation de la liturgie traditionnelle voulue par Benoît XVI – dix ans après sa promulgation ?

Pour l’abbé Gérald de Servigny, ce motu proprio est une grâce pour toute l’Église, et un succès. Ce motu proprio a favorisé une plus grande paix et une réconciliation, c’était un des buts de Benoît XVI : une réconciliation interne, des catholiques entre eux, ceux qui sont fidèles à la liturgie rénovée et ceux qui sont attachés à la liturgie ancienne, et une réconciliation des catholiques d’aujourd’hui avec ceux d’hier, une réconciliation, donc, dans la continuité. Selon lui, il reste la dernière étape, souhaitée par Benoît XVI et rappelée par le cardinal Sarah : celle de “l’enrichissement mutuel” des deux liturgies.

Monsieur l’abbé Gérald de Servigny vous étiez vicaire à Notre Dame des Armées à Versailles. Vous partez en mission à Brest.
Vous avez écrit plusieurs ouvrages notamment sur le Motu Proprio et sur la liturgie.
La première question qui nous vient à l’esprit est:
Quel bilan peut-on faire du Motu Proprio 10 ans après sa promulgation ?

C’est que c’est un succès. Voilà, la première chose que l’on peut dire 10 ans après.
Cela a favorisé le progrès de la vie de l’Église.
Tout d’abord, il a apporté une plus grande paix.
Il ne faut pas oublier que la liturgie a été un champ de bataille pendant plusieurs décennies et qu’aujourd’hui les jeunes générations ne l’imaginent presque plus.
C’est donc le signe que la paix a gagné du terrain. Ce Motu Proprio est certainement une étape dans cette paix liturgique retrouvée.
Il a aussi favorisé la réconciliation interne à l’Église. Un des objectifs de Benoît XVI en publiant ce Motu Proprio était de réconcilier les chrétiens d’aujourd’hui avec ceux d’hier.
Il s’agissait, par une réconciliation dans une continuité, réconcilier les chrétiens entre eux, les catholiques entre eux, entre ceux qui sont fidèles de la liturgie rénovée et ceux qui sont attachés à la liturgie ancienne.
C’est un jalon qui a favorisé ce chemin de réconciliation, de paix liturgique dans la vie de l’Église.

Le Motu Proprio est en quelque sorte une réhabilitation de la messe en rite dite « extraordinaire ».
Est-ce que ce Motu Proprio a favorisé un retour de ce qu’on pourrait appeler la Tradition en France ?

Le Motu Proprio est une grâce pour toute l’Église.
Ce n’est pas seulement pour les fidèles traditionalistes, même si sans doute, ils en ont bénéficié les premiers. Cela leur a donné un droit de cité pour la liturgie ancienne.
Cela leur a permis d’être mieux considérés dans l’Église, de pouvoir vivre la liturgie ancienne dans beaucoup d’endroits, y compris dans les diocèses de province.
Cela a certainement favorisé la liturgie ancienne, la liturgie traditionnelle et les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle.
Ce n’est pas seulement cela. C’est aussi une grâce pour toute l’Église car elle permet à la liturgie rénovée de se réenraciner dans l’héritage et la Tradition.
C’est pour cela que nous avons vu beaucoup de jeunes prêtres, de séminaristes diocésains qui se destinent à célébrer la liturgie en forme ordinaire venir, découvrir, approfondir la liturgie ancienne.
La liturgie en forme ordinaire puise là, son héritage, sa source, sa tradition.
Bien sûr que cela a favorisé la pratique de la liturgie ancienne.
Elle a été multipliée par deux, si on regarde les statistiques.
Mais c’est aussi une grâce pour toute l’Église.

On voit beaucoup de communautés traditionalistes se développer de plus en plus en France. Je pense notamment à la Communauté Saint Martin et à la Fraternité Saint Pierre.
Est-ce que ce Motu Proprio a favorisé les vocations plutôt chez les traditionalistes ou plutôt dans les séminaires diocésains sachant que le Motu Proprio permet aux prêtres diocésains de célébrer la messe en rite extraordinaire ?

On peut dire que les communautés traditionnelles au sens le plus large, le plus générique, ont aujourd’hui le vent en poupe.
Vous avez cité la communauté Saint Martin et d’autres encore. On peut ajouter les abbayes, les monastères qui utilisent une liturgie latine, grégorienne, solennelle, sacrale, dans la forme ordinaire, comme extraordinaire.
Je pense que c’est un mouvement de fond.
Après la guerre liturgique des années 70 sous forme un peu de révolution, on a jeté par-dessus bord l’héritage de la Tradition, l’Église et les chrétiens se réapproprient cet héritage liturgique.
De ce fait, cela favorise un petit peu la notoriété, la reconnaissance des communautés plus traditionnelles qui depuis longtemps vivent de cet héritage liturgique soit en célébrant la forme ordinaire soit en célébrant la forme extraordinaire.
Je ne crois pas qu’il y ait de lien direct entre le Motu Proprio et les chiffres de l’entrée au séminaire des uns et des autres.
Encore une fois, je crois que c’est une grâce pour tous.
Il reste encore la dernière étape, car tout n’est pas encore achevé.
La prochaine étape prévue par Benoît XVI, c’est l’enrichissement mutuel.
On voit que la diversité ne génère pas de divisions. Les jeunes générations s’en accommodent bien.
Le cardinal Sarah insiste là-dessus dans un article de La Nef, il va falloir désormais réfléchir à la façon de vivre cet enrichissement mutuel souhaité par Benoît XVI et le Motu Proprio.