Après Chypre, une hystérie dans les pays à risques ?

Entretien réalisé par Timothée Macé Dubois

Chypre est dans l’incertitude la plus totale, après le rejet par son Parlement du plan d’aide international, qui comprenait une taxe très controversée sur les dépôts bancaires. L’économiste Jacques Sapir tente d’éclaircir la situation de cette île qui devra se démener pour éviter la faillite.

Si aucun accord ne parvient à être voté, comment voyez-vous l’avenir de Chypre ?

Il n’y aura plus de ponction sur les comptes des déposants chypriotes, et l’Union européenne n’avancera pas l’argent promis ! Le risque étant que, si cette situation perdure, on peut s’attendre à l’effondrement d’une partie des banques chypriotes, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes sur l’ensemble du système bancaire.

Pourtant, on connaissait les besoins en argent de Chypre depuis juin 2012, et il a fallu qu’on attende le dernier moment pour traiter ce problème. Il m’apparaît de toute évidence que l’Union européenne et le FMI ont tardé à réagir. Cela est dû aux hésitations du gouvernement chypriote lui-même, mais aussi, bien entendu, à la procrastination de l’Union.

Nicosie pourra-t-elle à terme se tourner vers la Russie ?

Il n’y a pas aujourd’hui de demande explicite du gouvernement chypriote vis-à-vis de la Russie, et la Russie n’a pas non plus exprimé l’intention de sauver les banques chypriotes en l’état. Cependant, les autorités russes se sont prononcées très fermement contre la mesure de confiscation des dépôts chypriotes pour une raison de principe, estimant très justement que cela rompait le pacte de confiance qui existe entre un système bancaire et les déposants. Ainsi, on peut se demander s’il ne serait pas dans l’intérêt de la Russie de proposer une solution alternative. Mais cela signifierait qu’elle interviendrait en soutien à l’Union européenne, et compte tenu des rapports plutôt mauvais qui existent aujourd’hui entre la Russie et l’UE, voire entre la Russie et des pays de l’UE, on peut douter que le gouvernement russe se décide pour une telle position…

Chypre est le cinquième État membre de l’Eurozone à passer sous assistance financière en trois ans. Une contagion est-elle possible ?

Il faut distinguer contamination et contagion. La contamination, c’est la transmission d’une crise par les effets réels que celle-ci exerce sur un autre pays. La contagion, c’est la transmission d’une crise à travers les comportements d’une foule et l’inquiétude psychologique qui saisit une population, à la vue de ce qui arrive dans un autre pays. Aujourd’hui, nous sommes clairement confrontés à une problématique de contagion en ce qui concerne la Grèce. Par la suite, il n’est donc pas impossible que l’on assiste à ce même phénomène sur l’Italie, puis sur l’Espagne ; ce type de méthode risque en effet de provoquer une hystérie dans les pays à risques et, de fait, un bank run massif.

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