« Vallaud-Belkacem s’attelle à la réconciliation franco-allemande », tel est le naïf euphémisme utilisé par Les Échos pour disserter sur l’habile pirouette effectuée par le ministre de l’Éducation nationale sur l’enseignement de l’allemand dans le secondaire.

S’il n’est, bien sûr, pas question ici de remettre en cause le bien-fondé de la survie de l’allemand, cette bonne nouvelle cache cependant une couleuvre bien difficile à avaler pour ceux qui croyaient encore à l’existence d’un ministère de l’Éducation qui soit véritablement nationale.

Après les sacro-saints classements internationaux PISA, l’invasion des cours dispensés en anglais dans les facultés et grandes écoles, voici maintenant les réformes scolaires à visée diplomatique. Maintenir l’allemand pour la solide formation intellectuelle que procure l’apprentissage d’une langue à déclinaisons ? Pour permettre la jouissive compréhension des œuvres de Goethe ou des lieder de Schubert dans le texte ? Vous n’y êtes pas du tout. S’il faut maintenir l’apprentissage de l’allemand, c’est uniquement parce que la France ne saurait se passer d’un allié comme l’Allemagne.

L’ est ouverte : elle accueille des milliers de réfugiés avec le sourire (qui se crispe d’ailleurs ces derniers temps près de Cologne). L’Allemagne est féministe : son chancelier est une femme. L’Allemagne ne connaît pas le de masse, l’Allemagne innove, l’Allemagne est puissante… Fermez le ban, tout est dit : il faut apprendre l’allemand parce que l’Allemagne est le pays dont on ne peut se permettre d’être l’ennemi et dont l’Union européenne nous presse de suivre l’exemple.

Il n’avait échappé à personne que les politiques éducatives n’étaient plus, depuis longtemps, tournées vers la construction d’esprits solides, aptes à raisonner et à s’inscrire dans une communauté nationale. Mais peut-être serait-il temps de renommer une fois pour toutes le ministère de la rue de Grenelle en un plus réaliste « ministère de l’Éducation utilitariste mondialisée » ? C’est à désespérer de l’instruction publique, de « cette splendide promesse faite au tiers état », pour citer Mandelstam.

Après trois décennies d’une lente agonie à laquelle chaque gouvernement a contribué, l’école française va finalement mourir sous les coups des prétendus remèdes que lui administrent les oligarques en place. L’égalitarisme aveugle se chargera très vite d’assommer les derniers sursauts d’une méritocratie républicaine qu’ils disent défendre, tout comme le refus de prôner l’apprentissage d’une même identité nationale et résolument française sonnera le glas de toute velléité de nation qu’aucun esprit Charlie ou ne ressuscitera plus.

Ils défendent une politique éducative résolument utilitariste et antinationale : est-ce de l’inconscience ou de la perfidie ? Que ne relisent-ils pas Ferry qui, en construisant ce qu’ils détruisent, disait vouloir « refaire l’âme nationale par l’école nationale »

28 janvier 2016

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