L’actualité est ainsi faite qu’au même moment se télescopent attentats meurtriers d’islamistes et publication, par l’Association des maires de France, d’un guide de bonne conduite laïque à destination des élus locaux. Ce pensum, rédigé à la suite du carnage de la rédaction de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher qui nous avait valu comme réponse bougies, manifestations citoyennes, valeurs de la République et une bonne dose de « padamalgame », a pour vocation d’aider nos représentants à affronter la laïcité au quotidien. On peut y noter quelques mesures de bon sens, hélas bien tardives, comme le refus, dans les cantines scolaires, de menus « confessionnels » – en novlangue dans le texte.

Nos rédacteurs, François Baroin, sorte d’Harry Potter de la droite molle, aussi à l’aise dans Closer que dans Le Monde, assisté d’André Laignel, sénateur socialiste, tabliers bien ajustés et compas en main, mettent en lumière que « la présence de crèches de Noël dans l’enceinte des mairies n’est pas compatible avec la laïcité ». Nos deux ayatollahs, portés par leur fougue laïciste, s’inquiètent également de « potentielles entorses à la laïcité dans le cadre du soutien apporté à des manifestations considérées comme traditionnelles (processions, troménies, baptêmes de navire, bénédiction de bâtiments) ».

Alléluia, l’AMF a eu une révélation : les adversaires de la laïcité en France sont donc ces catholiques, radicaux en coiffe de bigouden, cœur sacré de Jésus à la poitrine. La crèche est une menace pour les valeurs de la République. À la mairie, le santon, cet obscurantiste immobile, n’en respecte pas les principes. Et au détour d’un port, l’écharpe tricolore ne doit pas être souillée par un baptême de chaloupe, terme nauséabond à évocation cléricale.

Il ne vient donc pas à l’esprit de nos apprentis sorciers du laïcisme que la France puise une grande partie de ses racines et de son histoire millénaire dans la religion catholique. La crèche, outre sa signification religieuse, est un symbole culturel qui dépasse très largement le cénacle des pratiquants. Malgré ce Kärcher laïcard, dans sa grande sagesse, notre bien timorée AMF n’a pas encore préconisé de débaptiser le trop connoté « Noël » par le terme républicain compatible, « fêtes de fin d’année laïques ».

Quand des élus de droite et de gauche, à des fins électoralistes, mettaient à disposition des terrains pour la construction de mosquée, imposaient des menus halal dans les cantines ou, pour les adeptes du vivre ensemble séparément, réservaient des horaires de piscines municipales aux seules femmes, nous aurions aimé que l’AMF sorte son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole. Mais en ces temps-là, les lanceurs d’alerte se croisaient davantage à Montretout ou au Puy du Fou que rue de Solférino et rue de Vaugirard.

23 novembre 2015

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