Editoriaux - Religion - 19 janvier 2017

APEL : comment faire pour plaire au ministère et aux parents d’élèves ?

Que Famille et Éducation, journal de l’APEL (Association de parents d’élèves de l’enseignement libre), donne la parole à un musulman ne me choque pas. , auteur du Terrorisme expliqué aux enfants, aurait pu avoir sur cette question des lumières qu’un chrétien n’aurait pas. Mais l’entretien paru dans le numéro de décembre est une suite de clichés, de confusions et d’esquives. On s’étonne que ce journal y entende une « parole personnelle et courageuse » !

M. Ben Jelloun renvoie le terrorisme islamiste à la violence ordinaire : « Il y a toujours eu de la violence. » Il fait allusion à l’Inquisition et aux guerres de religion plutôt qu’à l’extermination des tribus juives de Médine par Mahomet lui-même. Il prétend que « tout le monde est visé » : que la victime soit un prêtre, que la cible soit un marché de Noël, cela ne le frappe pas.

Bien obligé d’admettre que les terroristes sont des musulmans, il l’explique par le fait que « l’Occident a renoncé à Dieu et adopté des modes de vie qu’ils jugent décadents ». C’est donc l’Occident lui-même qui fabrique les terroristes. Mais les chrétiens aussi souffrent de cette apostasie et de cette décadence. Pourquoi ne posent-ils pas des bombes ? Parce que leur religion le leur interdit. Et les musulmans en posent parce que leur religion le leur permet, voire le leur commande.

Après ces efforts pour camoufler le caractère propre du terrorisme islamiste, M. Ben Jelloun propose des solutions tout aussi indigentes. Il clame son attachement à la liberté d’expression, mais prône l’interdiction des vidéos de propagande islamiste. Pour vaincre le terrorisme, il faudrait donc restreindre la liberté d’expression ? Mais si, vraiment, il n’y avait aucun lien entre le terrorisme et l’islam, ces vidéos seraient sans danger.

M. Ben Jelloun s’efforce de replacer l’islam dans un « contexte historique » qui lui permet d’écarter d’un revers de main les préceptes coraniques « rigoristes » (et ils sont nombreux) sans lesquels l’islam serait une religion de paix et d’amour… qu’il n’a jamais prétendu être. En soulignant les analogies entre les mots, il occulte les différences entre les choses. Il dit que l’islam est « la troisième religion révélée » et qu’entre la Bible et le Coran, « nous sommes toujours dans la parole de Dieu ». Aux yeux d’un musulman, peut-être ; mais, pour un chrétien, le Coran n’est pas la parole de Dieu. Ses prophètes sont Isaïe ou Ezéchiel… mais pas Mahomet !

En publiant ce galimatias, les responsables de l’APEL prouvent qu’à force de réduire le christianisme à un vague humanisme, ramené à un « contexte » d’époque, à la suite de l’exégèse naïve et vieillotte de Renan, ils ne voient même plus en quoi il diffère des autres religions. Ils ne comprennent pas l’islam, parce qu’ils ne comprennent plus le christianisme.

Cet humanisme chrétien a été inventé pour plaire au ministère, source des subventions, et aux parents d’élèves, considérés comme des clients. Il fallait faire croire que la foi catholique était compatible avec les programmes officiels. Et prétendre que, pour être catholique, il suffit d’être « ouvert à tous » et « riche de ses différences ». Mais accueillir autrui sans le percevoir comme différent, c’est manquer aux devoirs de vérité et de charité (ce qui est la même chose). C’est le pire des mépris de l’autre. Doublé du mépris de soi-même.

Ainsi, prisonnier de ses mensonges, l’enseignement catholique n’oppose à la taqiya qu’un irénisme coupable. Mais séparer la charité de la vérité, c’est une apostasie qui ne sera pas plus efficace contre l’islamisation qu’elle ne l’a été contre la laïcisation.

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