Editoriaux - Polémiques - 17 mai 2013

Anti-corrida : et les abattoirs, ça ne vous choque pas ?

Une corrida en amène une autre : celle du dénommé Michel Cardoze, toque noire, habit de lumière et chiffon rouge, face à la vaillante Altana Otovic, seule au milieu de l’arène de Boulevard Voltaire où elle affronte le terrible torero à moustaches dans une polémique sanglante. Pour ou contre la corrida ? L’un et l’autre sont prêts à mourir pour défendre leurs positions respectives. Âmes sensibles s’abstenir.

Afin de mettre un terme à ce combat inhumain digne des temps les plus barbares, il paraît nécessaire d’avancer quelques arguments émanant d’un « ni pour, ni contre » et même bien au contraire… Tout d’abord une première question : combien de taureaux meurent chaque année des suites de ce spectacle navrant-magnifique (rayer la mention inutile) ? 1.000 fois moins que dans les abattoirs ? 10.000 fois moins ? 100.000 fois ?

Sans vouloir prendre le parti du vaillant Michel Cardoze (olé !), au rayon de la souffrance animale, les anti-corrida n’auraient-ils pas une légère tendance à placer la charrue avant le taureau ? Les porcs élevés en batterie, enfermés toute leur vie dans un enclos de 2 m², ces veaux bourrés d’antibiotiques, ces milliers de vaches égorgées chaque jour sans être estourbies, ces poussins envoyés au broyeur parce que « pas du bon sexe », vous en dites quoi, les gars ? Par quel phénomène la corrida vous fait-elle pleurer en priorité ? Où sont vos larmes pour ces souffrances-là ? Le besoin alimentaire ne justifie en rien cet enfer. Excepté le saint pognon, seul maître à bord, aucune nécessité ne contraint à de telles pratiques.

Ah, évidemment, tous ces procédés ne font pas l’objet d’un spectacle. C’est vrai. Et alors ? Faut-il tuer le taureau dans un grand bâtiment à l’abri des regards pour que cesse votre indignation ? Ignorez-vous que la bête mise à mort est elle aussi envoyée ensuite en boucherie pour être vendue bout par bout à des consommateurs carnivores ? Pourquoi cet acharnement sur cette corrida qui, à l’examen, n’est ni plus ni moins cruelle que tous ces mouroirs patentés ? Va-t-il falloir procéder à l’abattage halal en public pour chatouiller votre sensibilité à fleur de peau ? Une tradition barbare occidentale est-elle plus dramatique qu’une tradition barbare orientale ? En un mot comme en mille, faut-il cacher la souffrance pour qu’elle ne vous offusque pas ? Allo ? Non mais, allo quoi !

Dans l’attente que la brava Otovic justifie son indignation sélective et que le torero Cardoze reconnaisse la barbarie du spectacle, la corrida est annulée. Billets remboursables auprès de Robert Ménard. Âmes sensibles, reprenez vos places.

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