Peut-on tirer profit de tout ? Comme pour le rire, le débat est vieux comme le monde et les avis divergent. La concurrence aussi !

Ainsi du spectacle – « scandaleux » pour les uns, « porte d’entrée plus authentique » pour d’autres – qui se prépare actuellement à Amsterdam autour d’Anne Franck, icône de la persécution des juifs s’il en est, « symbole d’héroïsme et spectre obsédant des dangers de la discrimination »… Des historiens ont remis en question l’authenticité de son fameux Journal, mais personne, encore, n’avait osé toucher à l’image de cette jeune fille de 16 ans, déportée et disparue avec toute sa famille durant la Deuxième Guerre mondiale (son père fut le seul survivant).

Objet de la polémique : le projet de la société de production Imagine Nation, une entreprise hollandaise de divertissement, d’ouvrir un immense théâtre dans la capitale des . Un seul spectacle y sera joué, la pièce Anne, retraçant la vie, les épreuves et la mort de l’auteur du plus célèbre des journaux intimes.

L’un des deux créateurs, Kees Abrahams, défend son projet avec une verve et des arguments dignes des meilleurs marchands de tapis du monde : « C’est important que les gens se sentent chez eux, qu’ils passent un bon moment […] Nous avons donc fait construire un grand restaurant, en forme de salon, avec 150 places » ; quant au traiteur, Dennis Borrel, il est, d’après lui, « follement créatif », alors, n’est-ce pas, hein ?

Et puis, surtout, l’endroit sera abondamment pourvu… de toilettes « pour que les spectateurs n’aient pas à faire la queue comme du bétail pour se soulager » ; pour preuve, « [il y aura] 16 cabines de toilettes pour les femmes – trois fois plus que ce qui est requis […] Je pense que c’est crucial », s’enorgueillit l’attentionné maître des lieux.

Pourquoi pas, aussi, des « chambres tout confort, avec eau à tous les étages » ? Non, tout de même pas. Pas pour le moment, en tout cas…

Il faut dire que 1.100 places seront possibles par représentation avec des fauteuils coûtant entre 35 et 70 euros.

Le second créateur de la pièce, Robin de Levita, est, lui, un habitué des spectacles musicaux de Broadway, ayant travaillé précédemment sur les superproductions Chicago et Les Misérables… Heureusement que ce n’était pas pour Singing in the Rain : on imagine ce qu’aurait pu être alors son interprétation très personnelle de la fin d’Anne Frank…

On comprend alors que la nature commerciale de l’entreprise irrite au plus haut point la Maison Anne Frank : « Je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils quand je vois un dispositif où sont prévus des verres de vin, des boîtes de snacks, un dîner avec vue, puis une virée nocturne, s’insurge Ronald Leopold, son directeur […] Si ça ne tenait qu’à moi, les choses ne se seraient jamais déroulées de la sorte. »

Indignation justifiée… ou concurrence irritante ? L’édition française du site timesofisrael rappelle toutefois que « le musée a été accusé il y a une vingtaine d’années de tirer profit de l’image d’Anne, en faisant vendre des ballons et des T-shirts lors d’expositions itinérantes ».

On sait, depuis Brel, que dans le port d’Amsterdam, « Ça sent la morue/Jusque dans le cœur des frites »… Certains pourront surtout penser que désormais « Ça sent le hareng/Jusque dans le devoir de mémoire »…

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