[ANIMAUX] Selon la Banque centrale européenne, « les oiseaux ne connaissent pas de frontières » !
Jusqu'au 21 septembre, les Européens pouvaient donner leur avis sur dix spécimens de billets proposés par la Banque centrale européenne (BCE). Les billets choisis remplaceront prochainement la série originale, après un quart de siècle de bons et loyaux (?) services. Le Conseil des gouverneurs de la BCE doit statuer sur le choix final à la fin de l'année, pour une mise en circulation progressive prévue vers 2030. Deux thèmes sont en compétition : « la culture européenne » et « fleuves et oiseaux ». À ce sujet, le site officiel de la BCE affirme que « les fleuves et les oiseaux ne connaissent pas de frontières ». On sursaute. « Les fleuves et les oiseaux ne connaissent pas de frontières », cela ressemble à une poésie amateur telle que la RATP en affiche dans les rames de métro ou à une phrase romanesque générée par IA, mais cela n’a aucune valeur.
Les fleuves ne connaîtraient pas de frontières ? Mais ils sont bien souvent eux-mêmes des frontières ! Cela constituait, jadis, en CM1 ou CM2, les premiers rudiments de géographie. Il suffit de regarder une carte, de niveau lycée pour comprendre l’importance de ces frontières naturelles à travers le monde. Pour nous en tenir à l’Europe, les petits hommes gris de la BCE ont-ils entendu parler du Rhin, du Danube, de la Torne… et autres ?
L’éthologie selon Delogu
Venons-en au sujet de cette rubrique. « Les oiseaux ne connaissent pas de frontières. » Du Delogu dans le texte : « C’est comme si les oiseaux, à la fin, ils volent et, d'un coup, tu as un grillage et qu’on lui dise "Ah, frérot, tu peux pas sortir de là, tu n'as pas le droit d'aller dans l'arbre en face. Excuse-nous, c’est pas la France". » À l’observateur qui rêvasse, il peut sembler que les oiseaux vont et viennent à leur guise. Mais prenez le temps d’observer un couple de pies et vous verrez qu’il a un territoire dans lequel il mène une police implacable, usant d’un cri d’alarme (« un "tché-tché-tché-tché…" en séries rapides »), de vols d’intimidation, et allant parfois au contact.
Quasiment tous les oiseaux sont territoriaux, en permanence ou en période de nidification. Ils le sont vis-à-vis des autres oiseaux, et plus encore vis-à-vis de leur propre espèce qui représente une concurrence directe. Les rouges-gorges, si fragiles et timides qu’ils paraissent, peuvent devenir de la dernière férocité si un congénère vient voleter sur leurs plates-bandes. D’une façon générale, les oiseaux utilisent le chant pour matérialiser leur territoire ou, comme le pic vert, le tapement contre un tronc.
Des passereaux « farouchement territoriaux »
De même, les cigognes blanches – l’un des oiseaux retenus par la BCE – « marquent leurs territoires avec d’impressionnants claquements de bec ». La BCE a-t-elle sélectionné les autres oiseaux pour leur sans-frontiérisme ? Le passereau peut désigner beaucoup d’oiseaux, mais une chose est sûre : « À la saison de reproduction, la plupart des passereaux sont farouchement territoriaux. » Farouchement, autant dire d’extrême droite, comme les fous de Bassan, « très agressifs quand ils sont dans leur nid, qui correspond à leur territoire ». De même l’avocette, dont le nid représente « une zone territoriale défendue par le couple », comme les guêpiers d’Europe.
Aurons-nous plus de chance avec - dernier de la liste - le martin-pêcheur ? Craignons que lui aussi ne soit assez nationaliste. « Le mâle est très territorial et il défend âprement son territoire, consistant généralement en une portion de rivière d’environ un kilomètre de long. » Puisque, comme l’écrit la BCE, « l’Europe est fière de ses nombreuses rivières et espèces d’oiseaux, qui nous inspirent », pourquoi l’UE et son agence Frontex ne s’inspireraient-elle pas du martin-pêcheur, du fou, du passereau pour défendre notre continent ? Âprement. Farouchement. À Ceuta ou Lampedusa, une certaine combativité aviaire ne serait pas superflue.
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49 commentaires
ils auraient pu choisir le dindon , le perdreau , le lapin de 3 semaines , l’agneau et d’autres animaux encore symboliques …de ceux qui se font abuser
Mr Martin, ce sont les frontières qui connaissent les fleuves, pas les fleuves qui connaissent les frontières.
Un fleuve coule, malgré toutes les frontières entre nations qu’on peut établir, vers la mer. Du moins c’est la loi naturelle jusqu’à maintenant. Mais probablement avec le Progrès, et les raisonnements aussi raisonnables qui font croire que les fleuves suivent sur les frontières, on va surement bientôt vouloir détourner des fleuves pour créer de meilleures frontières. Trump adore revoir la géographie, et cette idée lui plait surement, surtout si, cerise sur le gâteau, on donnait son joli nom, Trump, pour immortaliser le nouveau fleuve.
Une image figurant un coucou aurait peut être eu beaucoup de succès: un oiseau qui défend son territoire sans craindre d’aller pondre ses oeufs chez autres. Les indiens d’Amérique apprécieraient…