Document - Editoriaux - International - Société - 16 décembre 2016

Angleterre : les transgenres réforment la grammaire

Eh bien, voilà ! On y arrive : c’est un peu lent, un peu poussif, mais ça va, sans aucun doute, dans la bonne direction. Quelle direction ? demanderez-vous. Eh bien, l’azimut que pointe le doigt à l’ongle manucuré du monsieur qui n’est pas tout à fait une femme, mais qui le voudrait bien. Il est accompagné d’une femme qui a tout d’un mec, mais ne le sait pas. Bref, ce sont les transgenres qui montrent la voie.

L’université d’Oxford, la plus ancienne université d’Angleterre, remonte à la date de la prise de Jérusalem par les croisés en 1099. À titre de comparaison, la Sorbonne ne sera créée que 150 ans plus tard. Neuf siècles ont passé : le très sérieux Times, de Londres, nous dévoile aujourd’hui le contenu d’un dépliant remis à tous les étudiants de cette brillante et séculaire université dont la devise est “Dominus illuminatio mea” (“Le Seigneur est ma lumière”). Ce document, nous dit le journal, part d’une idée toute simple : utiliser des pronoms traditionnels – il ou elle – revient à sous-entendre qu’il n’existe que deux genres ; c’est, en soi, une discrimination qu’il faut combattre à toute force.

Le dépliant incite fortement les étudiants à rejeter les pronoms sexués – beurk – et à utiliser un pronom neutre afin d’éviter tout soupçon de discrimination à l’égard des transgenres. Ce sera “ze” à la place de “he” ou “she”.
Pour le moment, rien n’est obligatoire, les étudiants feront comme ils l’entendent, mais Peter Tatchell, l’un des plus célèbres militants LGBT outre-Manche, a salué ce geste : “Ne pas systématiquement souligner les divisions et barrières de genre est une avancée positive.” Certes… certes ! Voilà un individu… pardon, une personne… euh, comment dire ? Voilà, en tous cas, quelqu’un/e qui ne manquera pas de prosélyter pour que ce nouveau genre – ni masculin “he”, ni féminin “she”, ni même neutre “it” – prenne place dans la grammaire anglaise. La rencontre du quatrième type, en somme ! Il paraît que l’université de Cambridge s’apprête à suivre le mouvement.

Pour l’heure, le Peter joue mezzo voce : “Il s’agit de prendre conscience des identités de genre changeantes et de respecter le droit de chacun à se définir comme homme ou femme.” Là, je sursaute ! Se définir comme mâle, c’est “he”, et comme femelle, c’est “she”. Alors, à qui s’appliquera “ze” ?

Mon raisonnement est atterrant, pas progressiste pour un sou ; réac, en somme. Il faut créer du neuf, ne serait-ce que pour frapper les esprits. Et puis, c’est rigolo, “ze” : c’est exactement ce que mon prof d’anglais m’interdisait de prononcer quand je voulais dire “the”.

Et les bateaux ? Tu y as pensé, aux bateaux, Peter ? Ton pays aime tellement la mer qu’il a donné aux navires le genre féminin. On laisse comme cela ? On annule ? Je te propose une solution toute simple. Les bateaux à voile restent féminins : “she”. Les bateaux à vapeur passent masculin : “he”. Quant à ceux qui sont à voile et à vapeur, ils deviennent neutres : “ze”.

Alors, heureux, ma poule ?

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