Pour les Anglais, la voix du peuple prime encore sur tout

Le Brexit est aujourd’hui acté et le processus est irréversible ; Theresa May l’a solennellement affirmé ce mercredi devant les députés de la Chambre des communes. Les négociations qui vont bientôt débuter ne vont avoir que deux objets : régler la note pour solde de tout compte et placer le curseur des relations futures entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Au strict minimum, c’est-à-dire, dans l’hypothèse d’aucun accord – le minimum syndical, en quelque sorte -, ce sont les dispositions prévues par l’OMC qui prévaudront. Au plus, un accord d’association du type Association européenne de libre-échange (AELE) auquel participent déjà la Norvège, l’Islande et la Suisse. De la part d’un ancien ministre du gouvernement Cameron qui a fait campagne contre le Brexit, c’est une leçon de démocratie magistrale, une démonstration éclatante que, pour nos amis anglais, la voix du peuple prime encore sur tout le reste.

En France, nous avons aussi eu notre référendum, mais 560 parlementaires (sur 907 que compte le Congrès) se sont littéralement assis dessus, et si, en 1992, nous avions voté contre l’euro, sans doute l’aurions-nous eu quand même. À croire qu’entre ces deux vieilles nations, il y a plus qu’un “Channel” qui les sépare.

Fait remarquable depuis le 23 juin dernier : personne, au Royaume-Uni, n’a jamais songé sérieusement à passer outre le résultat du vote. Certes, dans les semaines qui suivirent, certains mauvais perdants ont essayé de discréditer le camp du OUI, laissé croire que les anglais avaient été abusés, qu’une majorité d’entre eux voterait aujourd’hui NON et qu’un deuxième vote serait possible. Vain combat d’arrière-garde mené par les ultras de la City et leurs sbires, qui a fait long feu. On s’est beaucoup demandé comment Nigel Farage, le grand vainqueur de ce référendum, avait pu aussi rapidement enterrer la hache de guerre et accorder sa confiance au camp battu – en l’occurrence, le gouvernement – pour traduire en droit le vote du peuple. C’est oublier que, si le système électoral britannique rend quasiment impossible l’émergence d’une troisième force, en contrepartie, le gouvernement ne peut se dérober devant la volonté du peuple. Farage n’a, d’ailleurs, jamais réellement recherché le pouvoir, il savait la tâche impossible, il a négocié habilement son appui aux conservateurs contre un référendum et Cameron est tombé dans le panneau d’autant plus facilement qu’il était sûr de le gagner. Selon certains sondages qui, d’ailleurs, se font de plus en plus rares, si le référendum avait lieu aujourd’hui, les deux camps seraient au coude-à-coude, mais une nette majorité se prononce contre un nouveau référendum : ite missa est !

“La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.” Cette phrase célèbre d’Abraham Lincoln contient trois fois le mot peuple et, pourtant, dans nos démocraties modernes, sans cesse on nous rabâche que le populisme, ce n’est pas bien. Pour sortir de cette contradiction il n’y a que deux possibilités. Ou bien le populisme est, en fait, un synonyme du mot démagogie et, alors, il est très facile de montrer que, de François Mitterrand à François Hollande, tous nos dirigeants ont été populistes, ou bien il faut se résoudre à admettre que ces démocraties modernes dont nous sommes si fiers ne sont, en réalité, que des impostures. Heureusement pour notre civilisation, il y a toujours les Anglais pour sauver l’honneur, comme en 1940.

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