Discours - Editoriaux - International - Table - 25 septembre 2015

Angela Merkel veut (enfin) “parler” avec Bachar el-Assad

Le récent accord sur le nucléaire iranien ainsi que la présence russe de plus en plus importante sur le terrain syrien redistribuent les cartes au Proche-Orient, et les dirigeants européens changent peu à peu leur discours, pressés par l’afflux considérable de “réfugiés”.

Mieux vaut tard que jamais : ils semblent découvrir que la paix en Syrie est l’une des réponses nécessaires pour stopper l’invasion migratoire que subit l’Europe.

Jeudi dernier, lors d’un sommet extraordinaire des 28 à Bruxelles, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé qu’il fallait parler “avec de nombreux acteurs, et cela implique Assad”. Il était temps de reconnaître que le président et chef de l’armée d’un pays en guerre est un interlocuteur non négligeable pour résoudre la guerre en question.

Pour Angela Merkel, il faut donc parler “non seulement avec les États-Unis, la Russie, mais aussi avec les partenaires régionaux importants, l’Iran, des pays sunnites comme l’Arabie saoudite”.

Il faudrait également penser à “parler” avec la Turquie pour exiger la fermeture de sa frontière par laquelle arrivent des milliers de djihadistes, ainsi que l’arrêt des bombardements des Kurdes qui se battent contre l’État islamique dans le nord de la Syrie.

Sans oublier d’inclure Israël dans les discussions et exiger l’arrêt des frappes sur les positions de l’armée syrienne qui se bat, quoi qu’on en pense par ailleurs, contre l’État islamique.

Mais le président syrien ne manquera sûrement pas d’évoquer le trouble jeu de ses voisins depuis le début de cette guerre, maintenant qu’il est convié à la table des discussions sur l’avenir du pays dont il a la charge.

De son côté, François Hollande a répété, comme il le fait depuis maintenant quatre ans, que “l’avenir de la Syrie ne peut pas passer par Bachar el-Assad” et qu’il ne peut “y avoir de transition réussie qu’avec son départ”. Une question : de quelle “transition” parle-t-on ?

Parce que, jusqu’à maintenant, la seule transition que subissent les Syriens, c’est celle d’un pays imparfait mais en paix vers le chaos organisé par des djihadistes de 80 nationalités différentes.

On comprend assez bien, et François Hollande devrait même pouvoir y arriver, que les Syriens choisissent aujourd’hui de soutenir leur armée et son chef, en l’absence de toute alternative crédible ou vivable.

Mais Dieu merci, même s’il est douloureux d’être Français en pareilles circonstances, François Hollande n’est pas maître de grand-chose sur le terrain international.

Mardi dernier, lors d’une visite au Royaume-Uni, François Hollande déclarait : “Nous aurons sans doute encore à accentuer notre pression de façon à ce que les vols de reconnaissance que nos avions font en ce moment puissent, si nous avons des cibles, des objectifs, être traduits le moment venu par des frappes.” 250.000 morts et des millions de réfugiés qui fuient le pays, il est temps “d’accentuer la pression”, en effet.

Mais si les vols de reconnaissances ont la même efficacité que la “coalition internationale” des États-Unis, c’est-à-dire une efficacité absolument nulle, autant les arrêter tout de suite et laisser faire ceux qui ont décidé de soutenir l’armée syrienne, qui sait déjà où trouver l’État islamique.

En vérité, l’anéantissement de ce dernier n’a jamais été une priorité de la France, vassal docile des États-Unis sur ce dossier. D’autres ont pris les choses en main sur le terrain pendant que les Européens continuent à “parler”, bonne nouvelle pour les Syriens.

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