Editoriaux - Histoire - International - Politique - 21 septembre 2013

Angela Merkel, un modèle à défaut d’être un mannequin ?

Elle est dépourvue de toute coquetterie, et d’ailleurs de toute élégance. Il ne lui suffit pas d’être boulotte et d’avoir le charme d’une pomme de terre, il faut encore qu’elle s’habille comme l’as de pique. Fagotée dans des vestes aux couleurs tapageuses, elle roule sur les tapis rouges des conférences internationales comme une petite barrique. Elle ne paie décidément pas de mine. Ira-t-on jusqu’à dire qu’elle ne fait pas honneur à son pays ou, ce qui serait plus vache et pas incompatible, qu’elle est à son image ? Mais ce que l’Allemagne attendait d’abord du chef de son gouvernement n’était pas qu’elle rivalisât avec Marlène Dietrich, Hannah Schygulla ou Romy Schneider.

Elle est dépourvue d’éloquence, et ne court d’ailleurs pas après les effets oratoires. Elle n’a pas de convictions idéologiques marquées, mais pas davantage de préjugés. Elle n’a rien d’exaltant, et elle ne cherche surtout pas à exalter. Elle n’a pas de vision à long terme et ne montre pas à son peuple, d’un doigt impératif, les voies d’un avenir grandiose forgé pour mille ans par le fer et par le feu. Au pays de Bismarck et de Hitler, c’est exactement ce qu’on lui demande.

Elle va son chemin d’un pas traînant, la tête dans les épaules et le dos rond, comme une grosse tortue. Mais elle avance sans se laisser détourner de sa route, sans se laisser impressionner par les obstacles, sans prêter l’oreille plus qu’il ne faut aux esbroufeurs à la française qui tentent de l’entraîner dans des bosquets isolés et des aventures risquées. Elle préfère le faire au dire et l’être au paraître.

Si l’Allemagne s’apprête à reconduire demain pour quatre années nouvelles le bail qu’elle avait consenti de justesse, il y a huit ans, à la première femme chancelier de son histoire, c’est parce que celle-ci n’a été guidée en toutes choses que par l’intérêt national, parce qu’elle a réussi et parce qu’on ne change pas un dirigeant qui gagne.

Quel chef d’État aujourd’hui, en Europe et à travers le monde, ne rêverait de présenter un bilan approchant celui dont Angela Merkel peut s’enorgueillir ? Un budget en équilibre, une balance commerciale excédentaire – de plus de 180 milliards d’euros -, un taux de chômage revenu à 5 % (contre 11 % dans le reste de l’Europe). Tel est le résultat du travail, de l’effort et du savoir-faire d’un peuple qui a su accepter en son temps l’austérité nécessaire et d’un gouvernement qui a su ne pas entraver sa croissance revenue.

L’Allemagne d’Angela Merkel est aujourd’hui le seul pays d’Europe avec lequel comptent la Chine, les États-Unis, la Russie et le reste du monde. Après la bataille de la prospérité, va-t-elle engager le combat pour la dignité ? Le géant économique cessera-t-il d’être un nain politique ? Tel peut être l’enjeu du troisième mandat de la « dame de faire ».

Dès à présent, Mme Merkel a prouvé qu’il n’est pas nécessaire d’être un mannequin pour être un modèle.

À lire aussi

Dominique Jamet : “Les Français apprécient chez François Mitterrand la bonne tenue, contrairement à Macron”

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleUn récent sondage place François Mitterrand me…