Il se nommait Angel Ariel Escalante Perez. Angel, céleste bambin de douze ans, livré en pâture à la bête humaine, a donné sa vie pour que nous puissions voir, dans les ténèbres de nos villes turpides, l’éclat même de la pureté et de l’honneur. Angel nous a délivré un instant du chaos et de l’abjection ; que soit loué aujourd’hui son courage édifiant.

Angel habitait la ville de Guatemala. Il rentrait de l’école. Sur son chemin du retour, il croisa ses bourreaux : six membres d’un gang de narcotrafiquants. Il lui mirent une arme entre les mains et lui imposèrent ce dilemme atroce : tuer ou être tué. Tuer un homme, un chauffeur de bus, et prendre sur lui la responsabilité du crime, ou accepter de finir là sa vie, à douze ans. C’est alors qu’un éclair sublime traversa cette petite âme déjà grande comme celle d’un vieux soldat.

Angel refusa. Sait-on ce que cela veut dire ? A-t-on conscience de la beauté inouïe de ce « Non » qui jette un opprobre définitif sur la barbarie du monde entier ? Angel refusa de tuer un homme, dont le métier – coïncidence funeste – était aussi celui de son propre père, et se vit proposer un nouveau choix, plus horrible encore : préférait-il mourir sous les coups patients d’une machette ou précipité du haut du pont Incienso, culminant à 135 mètres ? Ô Ange ! De quelle boue sont donc faits ces hommes ?

Angel chuta, chuta… Des ailes, sans doute, lui furent données – pourquoi n’y aurait-il point des miracles en réponse de la suprême abomination ? – car l’enfant, avant de se briser les os, fut retenu par un branchage et survécut. On eût aimé que l’histoire s’achevât ainsi, dans la splendeur d’une grâce inattendue ; mais Angel mourut deux semaines plus tard à l’hôpital, dans les bras de son père : son cœur s’arrêta. Oh, son cœur vaillant manqua cette fois de la force qu’il faut pour regarder l’horreur du monde !

Quant à moi, j’ai peine à lever aujourd’hui les yeux vers le ciel où passe notre fière aviation. Je reste sourd aux fanfares. Je m’incline devant un enfant sauveur de notre humanité, honteux de mes compromissions, de mes lâchetés, de mes expectatives. Que sont mes rébellions de spectateur, mes témérités de bureaucrate ? Et quel visage aurait notre monde si, tous, nous avions un peu de l’insoumission, un peu de la droiture inflexible d’Angel Ariel Escalante Perez – petit martyr du Guatemala ?

13 juillet 2015

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