Culture - Editoriaux - Justice - Politique - Presse - Société - 9 octobre 2014

Amis de Sens commun, allez au bout de votre courageux engagement !

« En désertant le champ de la politique, la politique continuera à s’imposer à nous. »

L’engagement des fondateurs de Sens commun est tout entier résumé dans cette phrase. C’est la raison pour laquelle cette initiative, issue de la Manif pour tous, mérite respect et considération. Il faut même en souhaiter la réussite. Mais ce souhait n’exclut aucune des interrogations déjà posées ici et qui ont donné lieu à une courtoise mais vive réplique de Madeleine de Jessey.

Si l’on comprend bien ce qui sous-tend l’investissement de Sens commun, c’est la conscience du vide anthropologique abyssal de l’UMP et l’impérieux devoir de porter au sein de ce parti la voix de la vérité sur l’homme, du réalisme philosophique – tant il est vrai qu’aucune politique ne se construit sans philosophie. Les dirigeants du mouvement sont imprégnés de ces valeurs, manifestées depuis 2013 et la mobilisation pour le respect du mariage.

Mais pourquoi donc la seule UMP ? Pourquoi en exclure l’UDI, DLR et le FN, où l’on trouve aussi des gens bien partageant en toutes choses ces valeurs ? Ne s’agit-il pas de partis susceptibles de gouverner la France de demain ? En se cantonnant à l’UMP, Sens commun réjouit sans doute la bourgeoisie libérale à qui l’ultra-conformisme social sert de boussole électorale. Mais c’est justement cette bourgeoisie libérale qui refuse obstinément de voir le lien entre la marchandisation des mœurs et de corps, et la libéralisation complète des échanges et des biens… Et les gens de Sens commun ont une claire vision de ce que sont réellement les partis, et notamment l’UMP…

Au-delà d’une question d’opportunité politique, Sens commun ne s’enferme-t-il pas dans une double contradiction, à propos de l’Europe d’une part, de Nicolas Sarkozy d’autre part ?

Sur l’Europe, comment ignorer que les institutions européennes promeuvent ouvertement – et depuis longtemps — une atomisation de la société dont l’objectif est de transformer l’homme en pur consommateur. L’économique d’abord ! La destruction des structures traditionnelles (famille, école, nation, culture) a quelque chose à voir avec cette transformation en Homo œconomicus. Les fondateurs de Sens commun le savent bien. Le poids législatif et juridique de ces institutions est tel qu’aucune norme nationale ne résiste plus au rouleau compresseur de la Cour de justice de Luxembourg. Il est donc illusoire d’envisager la moindre reconstruction sociale sans sortir de ce système. Or, l’UMP est fondamentalement européiste.

La seconde contradiction est encore plus criante : le soutien à peine voilé à Nicolas Sarkozy. Pourtant, dans la course à la présidence du parti, seul Mariton – qui n’a aucune chance sérieuse — a les idées claires sur le combat dont Sens commun est issu. Faut-il se réjouir des propos sibyllins de Sarkozy à propos de la réécriture de la loi Taubira, propos de pure circonstance ! Nos amis seraient-ils les seuls à ignorer que jamais Sarkozy ne reviendra sur cette loi ? Pensent-ils vraiment qu’au crible de leurs exigences de haute tenue morale, Sarkozy est le candidat idoine ?

Amis de Sens commun, vous pouvez provoquer une profonde recomposition de la droite française, car votre combat est pur et désintéressé. À condition d’aller jusqu’au bout de votre courageux engagement. Souvenez-vous de Christine Boutin : elle s’est cassé les dents sur la réalité d’une impossible collaboration.

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