l’a avoué tout à trac, le 3 juin dernier devant les sénateurs : oui, le budget alloué à l’AME (aime médicale de l'État), permettant aux étrangers en situation irrégulière de voir leurs soins médicaux prix en charge, s’est littéralement envolé, augmentant en un an de près de 30 % (soit une hausse de 156 millions d’euros). Oui, de véritables filières existent, filières organisées qui usent et abusent du système.

Alors, Le Parisien a enquêté. Il a enquêté, dit-il, malgré la préfecture de police, claquemurée dans son silence ; il a enquêté malgré les Hôpitaux de Paris, « magnifique exemple de langue de bois ». Et les résultats qu’il a livrés dans son édition de lundi sont édifiants : filières chinoises, tchétchènes, géorgiennes (des repris de justice trentenaires, ayant contracté une forme grave de la tuberculose en prison, nécessitant des mois voire des années de traitement, expliquent ainsi benoîtement qu’en Géorgie, on propose « un protocole France »), consultations fictives, prescriptions gonflées de médicaments, et bien sûr… croissance exponentielle du nombre de clandestins.

Et comment en serait-il autrement dans un pays au fronton duquel clignote, comme une guirlande de Noël, « Ici, on soigne gratis » ? On se presse, on se bouscule, on se marche sur les pieds, on pense à ses enfants, à ses vieux parents. Eux autres, les prétendants à l’AME, c’est bien compréhensible, ne font que jouer leur partition.

C’est la France, elle, qui refuse de jouer la sienne. La mégalomane, gonflée d’orgueil, qui se croit un destin caritatif à l’échelle planétaire. 30 % cette année. Et puis si l’on ne change rien, 30 % l’année d’après. Et puis encore l’année suivante. Et jusqu’à quand, au juste ? Jusqu’à la nuit des temps ? Jusqu’à ce que s’ensuive ?

On croirait une mère bipolaire dans sa phase maniaque : elle s’excite dans de grands élans hystériques d’affection, invite à tour de bras, s’investit bruyamment auprès de tous et de chacun, mais ses enfants sont culs nus, le frigo est vide, la maison cradingue, et la porte d’entrée ne ferme même plus. Et puis ensuite ? Et puis ensuite viendra la phase dépressive : la mère sera vautrée sur le lit après une tentative de suicide, indifférente au sort de ceux qu’elle aura fait rentrer. Ils s’empoigneront entre eux par la gorge, les cheveux, ils se battront peut-être à avec les enfants de plus en plus faméliques — et pleins de rancœur — pour une croûte de fromage derrière un meuble, parce que c’est ainsi que cela se passe quand on a vraiment faim. Et la mère, comme une loque, tellement dans le coaltar qu’elle ne saura seulement plus reconnaître les siens, sera impuissante.

L’AME, nous dit-on, a des vertus. Vertu humanitaire — celle d’assister les plus pauvres —, vertu sanitaire — celle d’éviter la propagation d’épidémies. L’AME… peut-être. Mais pas « l’AME pour tous », corollaire immédiat de « la pour tous » et, comme elle, pure utopie.

Il faut que la guérisse de ses délires mythomanes : elle n’est pas une ONG internationale ni le docteur Schweitzer de toute la galaxie. La vraie charité est humble et lucide. Elle ne se gonfle pas. Ne raconte pas des craques. Ne promet pas ce qu’elle ne peut pas tenir. N’a pas de tendances suicidaires.

S’occuper des Français dans le besoin est son premier devoir d’État, dans tous les sens du terme. Ce qui n’empêche pas de traiter avec humanité l’étranger qui frappe à la porte. Mais encore faudrait-il pour cela qu’il y ait une porte.

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24 juin 2014

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