Cliquez pour acheter

Je ne suis pas certain d’avoir bien compris pourquoi la firme Amazon était présentée comme une alternative au militantisme peu convaincant des libraires. La et la diversité des opinions ne préoccupent pas plus Amazon que le droit du travail ou le sort de la . Ce qui intéresse Amazon – à moins que sa dimension philanthropique m’ait échappé –, c’est le profit, et l’extension à l’infini de ce profit. Aux yeux de certains penseurs de la modernité, il y aurait là une source intarissable de nuisances à grande échelle – mais qu’importe.

Amazon serait la solution au problème de la librairie, trop sélective, trop pédante. Il est incontestable que, sur le site d’achat en ligne, vous êtes vraiment le client, le roi. Personne pour vous dire ce qu’il ne faut pas lire. Personne pour vous regarder de travers quand vous achetez Le Grand Remplacement en un clic. Mais qui aurait la naïveté de croire que nous devons cette facilité à l’esprit libertarien de Jeff Bezos et consorts ?

Le groupe Amazon pratique ses propres formes de et de favoritisme, qu’il dissimule habilement derrière des motifs commerciaux ou techniques. Qu’on n’en fasse pas, de grâce, le sauveur de l’esprit humain, quand il n’est qu’un facilitateur de transactions, et quand sa seule vertu consiste à mettre au service du consommateur un robot particulièrement efficace.

En outre, j’aimerais souligner un aspect du problème qui me tient particulièrement à cœur, du fait de ma profession et de mon amour des livres. Si le livre imprimé cède peu à peu la place aujourd’hui à ses pâles imitations électroniques, alors que nous sommes encore nombreux à vouloir le préserver, c’est en partie à cause d’ et de son impact phénoménal sur les pratiques de lecture. Il est évident qu’Amazon fait tout son possible pour diffuser amplement son Kindle et accroître son emprise sur éditorial, laissant toujours moins de place à ce qu’il convient d’appeler, là aussi, la liberté des individus.

Les libraires qui s’improvisent guides des consciences se fourvoient lamentablement ; mais la volonté d’imposer un modèle technique et financier que l’on observe dans les stratégies d’Amazon me semble, en comparaison, bien plus détestable et bien plus pernicieuse – et d’abord, parce qu’elle voudrait nous faire croire qu’elle vise à notre émancipation. Les libraires, au moins, dévoilent leur vraie nature de policiers de la pensée. Amazon fait main basse sur le monde du livre avec un de bienfaiteur.

11 septembre 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.