Arnaud Montebourg et le patriotisme économique, saison 3. Ou 4. On ne sait plus très bien, car c’est un feuilleton qu’on suit d’un œil distrait, un peu amusé quand l’ex-ministre du Redressement productif du gouvernement Ayrault fait le guignol avec une marinière, un peu moqueur quand Marine Le Pen lui propose de prendre sa carte au Front national, un peu énervé de son impuissance répétée à garder sous pavillon français des fleurons de notre économie et très sceptique quant à ses assurances de conserver les emplois menacés par les délocalisations, rachats ou fermetures de sites…

Ce week-end, celui qui a pris du galon comme ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique était donc encore à la manœuvre médiatique pour empêcher le rachat par l’Américain General Electric du Français dont le titre a été suspendu vendredi à la Bourse de Paris, à la demande de l’Autorité des marchés financiers (AMF) en raison des rumeurs de rachat.

« Alstom est le symbole de notre puissance industrielle et de l’ingéniosité française. Dans ce dossier Alstom, le gouvernement exprime une préoccupation et une vigilance patriotiques […] Le gouvernement travaille à d’autres solutions et éventualités que celles imaginées seules et sans que le gouvernement n’en ait été informé par Alstom », a déclaré Arnaud Montebourg au quotidien vespéral Le Monde, à la veille du week-end avec froncement nécessaire des sourcils, ton péremptoire et torse bombé pour mieux enrober son blabla aussi rôdé que stérile.

De son côté, le sénateur Jean-Pierre Chevènement, concerné au premier plan puisqu’une usine Alstom est un maillon fort de l’économie locale du Territoire de Belfort dont il est élu, a interpellé directement le Premier ministre pour qu’il fasse « valoir aux actionnaires et aux dirigeants des groupes concernés [qu’un] transfert de propriété [entre Alstom et General Electric] est hors de question ».

Pas de quoi inquiéter outre mesure Patrick Kron, le PDG d’Alstom, rentré de New York avec en poche l’offre de rachat de l’activité “Énergie” du groupe. Lequel Kron entend prendre de vitesse le gouvernement français et aura sans doute rencontré François Hollande dès dimanche… juste avant le conseil d’administration d’Alstom.

« Afin de faire passer la pilule au gouvernement, le patron de General Electric devrait s’engager à renforcer le pôle R&D d’Alstom à Belfort et de préserver l’emploi en France. Samedi, l’entourage du président de la République a affirmé que le gouvernement serait “vigilant” sur “trois points” : “l’emploi, la localisation des activités et l’indépendance énergétique” », lisait-on dès samedi dans les colonnes du Figaro, comme si l’affaire était déjà entendue pour tout le monde.

On ne sait malheureusement que trop ce que valent les promesses ; on dit qu’elles n’engagent que ceux qui y croient. Elles permettent aussi, sur le moment, de mieux faire passer la pilule dans l’opinion. C’est la digestion qui, après coup, est toujours la plus douloureuse. Et surtout le fait que l’appareil industriel français, legs du « gaullo-communisme » – miracle économique ayant permis à la France d’être le seul pays au monde à défier les USA sur ces domaines stratégiques que sont l’aéronautique, la conquête spatiale, l’automobile, la manne pétrolière, l’armement (lourd ou léger) –, soit en train de se barrer en sucette. Et ça, ça fait mal au ventre, pour demeurer poli et dans la métaphore digestive.

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