La justice française a tranché. Twitter va être contraint de communiquer les identifiants de tous ceux qui, par son intermédiaire, s’en sont donné à cœur joie contre la race maudite. Une plainte dans ce sens avait été déposée par l’Union des étudiants juifs de France. Cette organisation était dans son rôle. Mais le tribunal a eu tort de lui donner raison…

Il est exact que, sur Twitter, il y a eu ces derniers temps des déferlantes de tweets concernant les Juifs (curieusement, rien sur les Arabes !). « Alors, les Juifs, ça gaze ? » « Anne Frank était une salope qui aurait aimé coucher avec Hitler » (message librement inspiré d’une célèbre caricature parue à Téhéran). « Des petits-fours pour les petits Juifs ! » L’UEJF a trouvé ça immonde. Et je ne la contredirai pas sur ce point. Mais à quoi bon interdire ? Les individus qui, sur Twitter, pouvaient enfin poster l’équivalent des graffitis naguère destinés aux murs des chiottes vont en souffrir. Ça va les rendre nerveux. Irritables. Et peut-être même dangereux pour leur proche entourage car ils n’ont pas toujours un Juif à se mettre sous la main…

On ne saurait oublier, de surcroît, que Twitter est une entreprise de droit américain. Donc régie par les lois américaines. Celles-ci protègent la liberté d’expression même dans ce qu’elle peut avoir de plus vomitif. Oui, aux États-Unis on peut écrire « sale youpin », « sale nègre » ou « sale pédé ». En contrepartie, il est permis de dire « enc*** d’antisémite » ou « ordure de raciste ». Curieusement, personne ou presque n’en profite là-bas. Il est vrai que les États-Unis sont notoirement enjuivés et témoignent d’un soutien sans faille à l’État d’Israël.

En ce qui me concerne – et je suis concerné –, j’ai en mémoire une phrase célèbre, de Sartre je crois, qui dit qu’il n’est pas indifférent de savoir d’où on écrit. Je sais, bien sûr, d’où j’écris. Mais j’ai aussi, légitimement, envie de savoir qui me lit. C’est pourquoi il m’arrive de regarder les commentaires sous certains textes que je publie.

Et là, que de pénibles circonvolutions ! Que d’épuisantes contorsions ! Je suis « Rayski, le sioniste ». Je suis le représentant du « peuple élu qui veut domestiquer les goyim ». Je suis de la race de ceux qui « aspirent à dominer le monde ».

C’est m’accorder beaucoup de pouvoir. C’est assez flatteur pour ma vanité qui est grande. Mais ça manque quand même de franchise et de netteté. C’est pourquoi je préfère les très tolérantes lois américaines à la loi française.

Je m’arrête là. Nous sommes vendredi. La nuit va bientôt tomber. C’est Shabbat. Et je dois accompagner une amie à la synagogue.

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