Nous vivons dans un drôle de pays où, à quelques mois d’intervalle ou presque, simultanément, cours administratives et tribunaux en arrivent, pour le même motif, à rendre des décisions diamétralement opposées.

Celle de Paris, d’abord, le 8 octobre, a condamné la mairie de Melun à verser 1.500 euros d’amende aux libres-penseurs qui la poursuivaient pour cause d’installation d’une crèche de Noël dans sa cour. Raison invoquée : icelle représente un “emblème religieux, contraire au principe de neutralité des services publics”. Libres Penseurs qui avaient cependant perdu en première instance…

Celle de Nantes, ensuite, le 13 octobre, vient d’annuler l’interdiction formulée en première instance au conseil départemental de Vendée d’installer une crèche dans son hall. Raison invoquée : la crèche s’inscrit “dans le cadre d’une tradition relative à la fête familiale de Noël, ne revêt pas la nature d’un signe ou emblème religieux”.

À Béziers, enfin, au mois de juillet, le tribunal administratif validait, pour la seconde fois, la crèche installée par le maire de la ville, Robert Ménard, argumentant sa décision par la présentation de la “crèche de la nativité […] comme une exposition s’inscrivant dans le cadre d’animations culturelles […] sans qu’aucun élément du dossier ne vienne révéler une intention différente et/ou la d’une préférence pour des personnes chrétiennes”.

Nous vivons donc dans un pays où, selon que mairie ou conseil départemental se situent en Seine-et-Marne ou en Vendée, selon que les contrevenants auront réussi à prouver – ou non – le caractère non religieux de la crèche, les jugements rendus s’avéreront exactement opposés. Nous vivons dans un pays où, selon la sensibilité politico-idéologique des cours administratives, on juge – pour une même cause – d’interdire ici ce qu’on autorise là-bas. La conclusion à en tirer ? Que la France unifiée – quand les crèches publiques, durant des siècles, ne faisaient l’objet d’aucune polémique parmi les Français – est en voie de désintégration et que se dessine une France morcelée en train de se fracasser pour une soi-disant laïcité .

Car l’installation d’une crèche dans un lieu public ne devrait-elle pas, pour chaque commune de France – une fois pour toutes – être reconnue comme le symbole d’une tradition d’un pays de culture historiquement chrétienne ? “C’est la cinquième fessée que vient de prendre la ligne de défense des droits de l’homme […]”, réagissait d’ailleurs le maire de Béziers.

Combien d’autres procès à venir à l’encontre d’autres mairies, d’autres conseils départementaux chaque fois qu’une association et même un simple habitant ont le loisir de voir leur plainte instruite parce que la vue d’une crèche leur déclenche une d’urticaire ? Quel coût pour chaque citoyen ? Surtout, on aimerait voir les obsédés de la déployer le même zèle quand il s’agit de nous imposer des menus végétariens dans les cantines, histoire de contourner la difficulté.

Et tandis qu’à Béziers, a promis pour ce Noël “une très belle et très grande crèche à l’entrée de la mairie”, Gérard Millet, le maire de Melun, n’a d’autre choix que de faire appel au Conseil d’État et réfléchit à passer outre, ou non, son interdiction.

Et ils nous serinent avec le principe d’égalité devant la loi…

18 octobre 2015

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