Accueil Editoriaux Allocs : Hollande n’aime pas le Français moyen…

Allocs : Hollande n’aime pas le Français moyen…

Dans son rapport révélé le 1er avril, Bertrand Fragonard, président délégué du Haut Conseil de la famille, livre les potentielles modalités pratiques d’application de ce que François Hollande a annoncé jeudi soir : la dégressivité des allocations familiales en fonction des revenus. Qui revient en fait à euthanasier le principe même d’allocation familiale (cette gentille vieille dame datant d’une époque révolue où l’on cherchait à soutenir la natalité de tous les Français, qu’ils soient riches ou pauvres) pour la remplacer par une allocation sociale.

En même temps, vous connaissez les socialistes, ils sont épris de justice : il restait un domaine privilégié, préservé, favorisé, où la France gardait le moral et damait le pion des autres pays européens, c’était celui de la natalité. Pas de raison qu’ils n’aillent pas aussi mettre le boxon là-dedans. Ça s’appelle la redistribution de la chienlit.

Je vous parlerais volontiers plus en détails du rapport Fragonard si j’avais tout compris. Mais comme souvent, depuis quelques mois, on a l’impression que le monsieur a dû rendre fissa son brouillon griffonné sur un coin de zinc sans avoir eu le temps de le recopier au propre. Surnagent néanmoins de ce rapport une hypothèse « douce » qui préconise de faire baisser les prestations à partir de 7.296 euros de revenu mensuel par foyer, une hypothèse « dure » qui induirait une baisse à partir de 3.885 euros (et carrément une amputation des trois quarts de l’allocation au-delà d’un revenu mensuel de 5.866 euros), et une hypothèse médiane suggérant de diminuer de moitié les versements pour les ménages « aisés » gagnant plus de 5.009 euros par mois (deux profs avec un peu d’ancienneté par exemple… Cette qualification flatteuse leur ira droit au cœur).

On peut y trouver également tout un catalogue de réformes touchant le quotient familial, la prestation d’accueil jeune enfant et la fiscalisation des allocs (que Hollande a solennellement écartée jeudi dernier mais Fragonard devait être en train de regarder Body of Proof sur M6, et on le comprend) et aussi la suppression de certaines « niches fiscales », au premier rang desquelles la réduction d’impôt pour frais de scolarité concernant les enfants au collège et au lycée. Vous autres abominables parents d’adolescents, on vous a vus, voulez-vous bien sortir tout de suite de la niche !

Les allocations familiales étaient réputées universelles car elles soutenaient la natalité française toutes couches sociales confondues. En devenant sélectives, elles n’encouragent de facto qu’un certain type de natalité. Et pourtant, la France peut-elle se passer de la progéniture généralement laborieuse et sans histoire des familles « moyennes » ou « aisées » ? Et si plusieurs de ces familles parvenaient encore à concentrer entre leurs mains un certain patrimoine, y encourager la natalité n’était-il pas le meilleur moyen de favoriser la fragmentation de cette richesse à travers les partages d’héritage ?

Plus que les autres, ces familles-là mettent déjà la main au portefeuille pour la cantine, la crèche, les centres de loisirs. Elles ne bénéficient pas de l’allocation logement, ni de celle de rentrée scolaire. Pas plus que de la prime de déménagement d’ailleurs. Que faut-il encore ? Rendre progressives la TVA et les taxes sur les produits pétroliers en fonction des revenus afin que le prix de leur baguette de pain et celui de leur plein d’essence soient aussi majorés ? Jusqu’où poussera-t-on la logique ? Jusqu’à faire passer l’envie à quiconque de se fatiguer à emprunter l’ascenseur social français puisque, chaque fois que l’on croit avoir gravi un étage, il vous fait aussi sec redescendre au rez-de-chaussée, quand ce n’est pas au sous-sol ?

En fait d’outils, le bricoleur du dimanche François Hollande n’en connaît que deux : donner du marteau sur la tête de la classe moyenne et leur serrer les boulons.

Sans doute parce qu’il ne l’aime pas — il pressent d’ailleurs à raison qu’une partie de cette classe moyenne familiale était dans la rue le 24 mars —, mais aussi parce qu’elle est captive et qu’elle ne lui échappera pas. Un bien maigre gibier à côté d’un Depardieu ou de ces autres grosses fortunes volatiles qui lui glissent entre les mains en lui faisant un bras d’honneur, mais un gibier enraciné en France — des parents, des enfants, un patrimoine immobilier, une histoire française — qui n’a pas d’issue de secours et qu’il va pouvoir plumer à loisir…

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