On dit d’eux qu’ils sont menteurs et incompétents, mais ils n’en ont cure : ils sont bardés de diplômes et ils ne doutent de rien. Les Macron, Hollande, Sapin nous avaient promis la reprise, arguant d’un alignement des planètes exceptionnellement favorable : taux d’intérêt, change et pétrole. Résultat ? Nous nous dirigeons tout droit vers la crise, peut-être même la mère de toutes les crises financières, un« remake » de 1987 – les anciens doivent s’en souvenir -, mais cette fois-ci avec quelques zéros en plus.

Le pétrole ? S’il n’y a avait que l’or noir… Mais ce sont toutes les matières premières qui sont en chute libre, du cuivre au lait en poudre, du minerai de fer au blé. Une catastrophe pour les pays émergents qui, à eux seuls, tirent 90 % de la croissance mondiale depuis 2008. Une catastrophe aussi pour les producteurs nord-américains d’hydrocarbures sans lesquels ce qu’on a qualifié béatement de « reprise américaine» n’aurait jamais eu lieu. Une pichenette pour la consommation dans les pays où les taxes font 90 % du prix à la pompe.

Des taux d’intérêt au plus bas ? Pour les États dépensiers, un cadeau empoisonné en forme de trompe-l’œil, une invitation au laxisme budgétaire, mais pour les consommateurs qui craignent pour leur retraite et veulent se constituer un capital, un motif supplémentaire pour réduire leur consommation.

Le change ? À quoi bon un euro faible lorsque plus de la moitié des exportations se font à l’intérieur de la zone euro, que nos concurrents sur les marchés hors zone euro sont aussi des membres de la zone euro et que la demande sur ces mêmes marchés se réduit comme peau de chagrin.

Fallait-il être nigaud pour regarder le ciel et ne pas voir les nuages sombres qui se profilaient à l’horizon.

En 1987, justement, nos éminents confrères du Wall Street Journal avaient eu l’idée facétieuse de demander à un chimpanzé dressé pour lancer des fléchettes sur une cible d’exercer ses talents sur la double page des cotations du journal. Une fléchette rouge signifiait “vendre”, une fléchette bleue signifiait “acheter”, l’opération était répétée toutes les semaines et le journal publiait la « performance financière » du chimpanzé dans un petit encart en bas à droite en première page. Au terme de l’expérience qui dura quelques années, on procéda à une comparaison avec les performances publiées des grands gestionnaires de fonds et, sans surprise, l’animal se classa dans la moyenne.

Une anecdote tout à fait authentique qui illustre parfaitement une règle qui prévaut dans la prévision économique. Si on se fie au hasard, et uniquement au hasard, au final le résultat ne sera guère éloigné de la moyenne, c’est pourquoi de nos hommes politiques nous sommes en droit d’exiger qu’ils aient plus souvent raison que tort. Or, depuis quelques années, force est de constater l’inverse. Ils se trompent souvent, trop souvent presque systématiquement. En soi, c’est aussi une performance, mais une performance négative, naturellement : pensez-donc, même un singe à Bercy ferait mieux qu’eux.

24 août 2015

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