Mouloud Hamrouche, ancien chef du gouvernement, a déclaré il y a quelques jours : « Je ne demande ni un coup d’État ni à ce que l’armée empêche Bouteflika de se présenter. Je veux faire tomber ce régime pacifiquement avec des décisions responsables. » Cette annonce a ouvert les portes à des manifestations de masse dans tout le pays, y compris dans les communautés algériennes de l’étranger, notamment en France et au Canada.

Un rassemblement contre le quatrième mandat de l’actuel président a été organisé samedi 1er mars à 10h sur le boulevard Didouche-Mourad à Alger. Plusieurs centaines de manifestants pacifiques ont alors subi la charge musclée, aux cris de « pas de quartier », de la police, suivant ainsi les ordres de son patron, le général Hamel, homme fort du clan présidentiel. Les porteurs de pancartes « libre et démocratique », « Bouteflika dégage », « Non au 4e mandat », « Pouvoir assassin », « Non à l’arbitraire et à la corruption », ont été poursuivis jusqu’à l’intérieur des immeubles où ils s’étaient réfugié et jetés manu militari dans des paniers à salade. Des mères de disparus (SOS Disparus) ont été traînées sur l’asphalte. De jeunes musulmanes portant des bouquets de roses ont également été poussées sans ménagement dans ces mêmes fourgons bondés, et les roses piétinées jonchaient les pavés.

Un large front du « non » contre le quatrième mandat ordonné par le clan présidentiel, peut-être même contre son gré, se développe aussi sur les réseaux sociaux : « Anti-présidence à vie », et sur Facebook en particulier, sous la bannière « Non au mandat de la honte et du mépris ».

Quatre candidats — Kamal Benkoussa, Soufiane Djilali, Ahmed Benbitour et l’ex-général Tahar Yala — ont annoncé qu’ils se retiraient de la course à la présidentielle. Ils refusent de prendre part à ce vaudeville, tout comme Djamel Zenati, Karim Tabbou et bien d’autres responsables de partis qui dénoncent une mascarade et proposent le boycott de l’élection.

Tous réclament que les Algériens se mobilisent contre « le vol d’un pays ». En expliquant que, lors des précédentes élections, l’administration faisait voter les morts tandis qu’aujourd’hui, « elle oblige le pays à voter pour un mort » !

Mais le fer de lance de cette opposition vient d’où on ne l’attendait pas : Amira Bouraoui, gynécologue, a pris la tête du mouvement étudiant des facultés et devient le symbole de la jeune génération grâce à son charisme et à sa volonté inébranlable. De nombreuses personnalités politiques rejoignent son action qui veut combler le vide d’une politique devenue inexistante, transparente (c’est même la seule chose transparente en Algérie, selon l’opposition…).

Mais ce même samedi s’est tenu, à Bab El Oued, un meeting des “pro-Bouteflika”, sous haute protection de la « police républicaine », au cours duquel le ministre de l’Industrie et secrétaire général du mouvement, Amara Benyounès, affirmait haut et fort que les Algériens aiment Bouteflika ! Qui peut encore le croire ?

L’actuel président a déposé officiellement ce lundi — visage blême, regard hagard, voix presque inaudible — sa candidature, comme l’article 74 de la Constitution et l’article 32 de la loi électorale l’y obligeaient. À ce jour, ils ne sont que quatre prétendants au trône : outre Bouteflika, on recense Louisa Hanoune (PT), Moussa Touati (FNA) et Ali Zeghdoud (RA).

L’armée, quant à elle, ne s’est pas prononcée… ni la police politique, véritable État dans l’État qui, jusqu’à maintenant, a fait et défait les élections dans le système autoritaire algérien… La démocratie est loin d’avoir gagné !

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