Audio - Editoriaux - Entretiens - 18 décembre 2018

Alexandre Langlois : “Nous n’avons plus les moyens d’exercer notre travail correctement et d’assurer la sécurité des personnes !”

Après l’acte V des gilets jaunes, c’est au tour des syndicats de police de manifester leur colère : appel à blocage des commissariats, acte I annoncé pour des “gyros bleus”, les initiatives ne manquent pas.

Au micro de Boulevard Voltaire, Alexandre Langlois revient sur les raisons de ce ras-le-bol et sur l’enjeu de la rencontre de Christophe Castaner, ce soir, avec les syndicats de police.

Nous en étions à l’acte V des gilets jaunes et l’acte I des policiers semble se préparer. Le syndicat Alliance a appelé à bloquer les commissariats.
Soutenez-vous cette initiative et pensez-vous que l’acte I de la police va commencer ?

Le démarrage de l’acte I me semble compliqué. Chaque syndicat majoritaire essaie de tirer la couverture de son côté.
L’Unsa- Police appelle à une journée d’action aujourd’hui. Alliance appelle à bloquer les commissariats demain. L’ Unité-SGP appelle à un truc jeudi. Et enfin, les associations de policiers en colère soutiennent le mouvement gyros bleu avec un appel à manifester jeudi soir.
Une fois de plus, la Police nationale part en ordre dispersé.
Ce soir, le ministre Castaner va recevoir les organisations syndicales qu’il a lui-même sélectionnées. Dix organisations et associations de policiers ne sont pas associées à la négociation. Comme d’habitude, on divise pour mieux régner.

Cette grève est-elle due à la fatigue des policiers surmobilisés depuis plusieurs semaines ?

Il y a effectivement la fatigue. Mais la raison principale reste le pouvoir d’achat. C’est pour cette raison que depuis le début nous essayons d’associer les revendications policières à celle des gilets jaunes. Si l’on doit soutenir un mouvement, nous soutiendrons celui des gyros bleus. Nous sommes sur la même longueur d’onde.
La seconde raison est que monsieur Macron a fait des annonces sur les revendications salariales. Il a dit qu’il allait demander aux entreprises privées de donner une prime de 1000 euros en fin d’année. Mais l’État est lui même employeur. Or, il n’est pas capable de donner cette prime pour la Police nationale.
Il veut juste donner une prime de 100 euros pour ceux qui ont fait du maintien de l’ordre gilets jaunes. La prime de 100 euros est inférieure à la somme que les collègues devraient toucher pour les heures supplémentaires que nous faisons au cours d’une journée, et qui ne sont pas payées. Nous ne voulons pas être des mendiants, mais nous voudrions juste être payés pour le travail que nous avons fait.
Le troisième point qui bloque, c’est qu’il ne veut pas payer les 25 millions d’heures supplémentaires accumulées. Une entreprise privée serait convoquée aux Prud’hommes et serait sanctionnée immédiatement. Chez nous, il ne paye pas et en plus il ne veut même pas majorer les heures supplémentaires. Nos heures de nuits sont payées 97 centimes.
Ne pouvant pas habiter sur notre lieu de travail, la petite hausse du prix de l’essence a un impact réel sur notre budget. Notre salaire est gelé et il baisse. Depuis que monsieur Macron est au pouvoir, nous constatons une baisse réelle de notre pouvoir d’achat.
Il est vraiment capable de donner pour une certaine catégorie de personnes. Et pour nous, qui avons défendu les institutions de la République pendant des semaines, même pas un merci.


Parmi les chiffres annoncés du budget en cours de préparation, il y aurait une baisse de 65 millions d’euros dans le budget de la police.
On est loin des promesses de valorisation attendues…

Ils n’ont pas pris en considération la baisse du budget. Même s’il y avait une hausse de budget, ce serait des hausses de personnel puisqu’il va y avoir des recrutements.
En revanche, rien n’est prévu pour accompagner la formation, le matériel et les revalorisations de carrière. Il y a une fois de plus une erreur sur les priorités budgétaires.
Si monsieur Macron prend le temps de changer sa moquette à l’Élysée, on pourrait penser que tout le reste a déjà été fait. Malheureusement, les dettes n’ont pas été payées.
Lorsqu’il dit que les premiers de cordée doivent être exemplaires, il devrait plutôt appliquer à lui-même ce qu’il prône pour les autres.

Si toutes ces initiatives se réalisent, quelle sera la conséquence sur la vie quotidienne des Français ?

Monsieur Castaner va comme à son habitude rassurer correctement les Français et acheter la paix sociale au rabais. Les syndicats sortiront du ministère en disant qu’ils ont gagné.
Il faut savoir que les élections dans la fonction publique, et particulièrement dans la police, ont été complètement truquées. Il y a eu des vols d’enveloppes pour voter, des chantages et des intimidations. Les gens qui sont en place le sont avec la complicité du ministre. On n’a donc pas grand-chose à attendre d’eux.
En ce qui concerne la population, il n’y a pas grand-chose à craindre. Que les forces de l’ordre soient présentes et totalement épuisées ou qu’elles ne soient pas là, ça revient quasiment au même. On n’a plus les moyens d’exercer notre travail correctement ni d’assurer la sécurité des gens. Lorsqu’on fait des vacations de 20h30 sur des manifestations des gilets jaunes, dans des conditions de stress extrême et dans des situations difficiles , je mets au défi n’importe qui de faire cela pendant plusieurs semaines d’affilée sans jours de repos. Je pense qu’à la fin, la personne ne sert malheureusement plus à rien, si ce n’est d’être présent et de remplir les statistiques de présence sur le terrain du ministère. Je n’appelle pas ça un service public qui assure la sécurité de la population.

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