Nathael est “sain et sauf”“. Sur les plateaux de BFM et i>Télé, les journalistes arborent un grand sourire. Tout est rassuré. Le garçon n’a subi “aucun sévice”. En fait, il se baignait paisiblement avec son père dans une rivière quand la gendarmerie les a retrouvés.

Le dispositif Alerte Enlèvement a été déclenché vendredi par décision du procureur de la République. L’enfant de 9 ans avait été enlevé dans la nuit par son père à Romenay, alors qu’il se trouvait en vacances chez ses grands-parents… paternels – restés par ailleurs en bons termes avec la mère -, suite à la séparation du couple.

Créé en 2006, ce plan d’alerte massive repose sur une convention signée entre le ministère de la et une cinquantaine de canaux de diffusion – radio, , sites Internet, panneaux publics, réseaux de la SNCF – afin de mobiliser le pays tout entier dans la recherche de l’enfant et de son ravisseur. Pour que l’alerte soit déclenchée, plusieurs conditions doivent être impérativement réunies, dont la mise en danger immédiate de l’intégrité et de la vie de la victime.

Déchu de ses droits de visite et de garde en mars dernier, Patrick Bosquet, 58 ans, avait commis le seul crime de refuser une expertise psychologique ordonnée par le tribunal – une de ces fameuses expertises qui font ou défont un homme en quelques minutes. Et il ne possédait pas de compte bancaire. Un marginal, en somme, qui avait non pas déjà enlevé son fils une première fois en 2012 dans le Vaucluse, comme cela a été rapporté, mais qui l’avait gardé à ses côtés plus longtemps qu’il n’en avait l’autorisation, après la prononciation du . La avait, d’ailleurs, retrouvé l’enfant indemne près du domicile de son père, dans la région de Carpentras. Ils ont été identifiés ce samedi, à quelques kilomètres de là. Le père ne souhaitait pas quitter la France mais partager, manifestement, quelques instants de complicité avec son fils.

Le matraquage médiatique a bien fonctionné. L’enfant a été retrouvé très vite et le père placé en garde à vue. Il sera poursuivi, et n’a désormais plus aucune chance de revoir son fils avant sa majorité.

Depuis 2010, entre 350 et 600 enfants sont enlevés chaque année par un parent, très souvent par un père. La garde de l’enfant est prononcée en faveur de la mère dans près de 90 % des divorces, les pères faisant souvent l’objet d’une plus grande suspicion. Pourtant, le droit a évolué. Ainsi, l’article 7 de la loi de 2014 sur l’autorité parentale et intérêt de l’enfant

“pose le principe selon lequel la résidence de l’enfant sera fixée au domicile de chacun de ses parents, afin de traduire leur égalité.”

Dans les faits, pourtant, seuls 12 % des pères se voient confier une véritable garde alternée. Dans un entretien paru dans L’Express, Me Laurence Mayer expliquait que

“les juges confient quasiment toujours la garde à la mère. Ils estiment que les enfants en ont plus besoin que de leur père. Certains magistrats vont jusqu’à refuser la garde alternée, arguant qu’avoir deux maisons les empêche de se construire des repères. Or, grandir avec seulement l’un de ses deux parents n’est pas plus simple pour la construction d’un enfant.”

La justice, si progressiste en matière d’homoparentalité, semble d’une rigueur implacable lorsqu’il s’agit de déchoir les pères de leurs droits. Il serait peut-être temps de les dédiaboliser.

Ni tortionnaire, ni pédophile, Patrick Bosquet. Ni même suicidaire. Simplement un père à qui l’institution a refusé qu’il en soit un. Certes, il n’est probablement pas l’éducateur le plus stable que la terre ait porté – et la gendarmerie avait justement pour tâche de le retrouver. Mais sa criminalisation sur toutes les antennes de France a viré à l’hystérie collective. L’Alerte Enlèvement aura secoué le pays pendant 24 heures au moment même où des prédateurs d’une autre espèce ne font l’objet ni d’un tel traitement judiciaire, ni d’un tel martèlement médiatique.

20 août 2016

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