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Quiconque a été amené à écrire un livre, ou même éditeur, journaliste, a une idée précise de ce que c’est qu’écrire un livre — je veux dire un vrai livre —, sait qu’il est tout simplement impossible de mener de front une vie professionnelle intense, une vie médiatique débordante, une vie personnelle animée et de trouver le temps, l’énergie et la force de mener à bien l’écriture d’un ouvrage digne de ce nom. Pourtant, ils sont innombrables en France – hommes politiques, conseillers du prince, consultants, vedettes du show-business, etc. —, ceux que démange l’envie de publier en raison de ce que le livre est supposé apporter en termes de notoriété, de prestige, d’autorité, d’invitations médiatiques, de droits d’auteur, voire de prix littéraires et d’honneurs académiques. Et ils y arrivent, les doigts dans le nez, alignant imperturbablement les parutions, multipliant les apparitions et édifiant peu à peu ce qu’ils appellent sans rire et sans honte leur œuvre.

Comment un tel miracle est-il possible ? Grâce à ces humbles travailleurs de l’ombre, discrets et anonymes, que sont les nègres d’édition. Pour quelques clopinettes arrachées à la rapacité de l’éditeur et de l’auteur, ces professionnels livrent à celui qui les signera les feuillets qu’ils ont écrits. L’un, l’imposteur en pleine lumière, exploite avec son accord le talent et le travail de l’autre. Tels sont les termes de ces contrats léonins qui alimentent une bonne part du flux sans cesse grossi des sorties en librairie.

Le problème est que tous les nègres ne sont pas faits du même métal. Le bon nègre ne ménagera ni son travail ni son talent et travaillera… comme un nègre pour livrer au client une marchandise irréprochable. Le mauvais nègre, contraint par la nécessité à se prostituer sur le marché aux esclaves, ne verra vraiment pas pourquoi il s’éreinterait pour faire la gloire et la fortune d’un menteur et ne se gênera pas pour lui fournir une camelote douteuse en espérant que l’autre n’y verra que du feu. Après tout, ce n’est pas lui qui assurera le service après-vente.

D’où les mésaventures dont ont été victimes Mgr Gaillot, évêque in partibus noctambulorum, Jacques Attali, le sherpa qui grimpe plus vite que son ombre et, dernièrement, Alain Minc, infatigable piqueur et speaker d’idées, pris la main dans le sac pour la deuxième fois et accusé, preuves à l’appui, de n’avoir pas fait moins de 250 emprunts, grands et petits, à Pascale Froment, auteur d’une biographie de René Bousquet qui n’avait guère demandé à cette historienne que trois ans de (vrai) travail. Le comble, et la preuve qu’il existe une justice immanente, est que ceux qui se présentent comme les auteurs de livres qu’ils n’ont pas écrits et que parfois ils ont à peine eu le temps de lire, sont contraints, comme vient de l’être Minc, sauf à avouer leur turpitude, d’assumer des plagiats où ils ne sont pour rien – et pour cause.

Cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage, il serait beau que les défenseurs des grandes causes humanitaires exigent qu’il soit mis fin à l’anachronisme révoltant que constitue la traite des nègres. Le signataire d’un livre s’honorerait et désarmerait partiellement la critique en avouant le nom de celui qui lui a donné un sacré coup de plume et que, dans le meilleur des cas, il présente comme son « documentariste » (sic). Il y aurait bien une autre solution : que Jacques Attali, Alain Minc et les autres se donnent la peine d’écrire eux-mêmes les livres dont ils revendiquent la paternité. Mais c’est évidemment trop leur demander (voir plus haut).

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